LA QUÊTE DE LA RÉALITÉ ET LA LUCIDITÉ SONT UNE MÉTAPHYSIQUE DE LA LIBERTÉ ET DEMAIN PEUT-ÊTRE
NOTRE DERNIÈRE UTOPIE
J’ai monté cette petite entreprise en démolition des mythologies, croyances et autres rêveries contemporaines et par là même plus anciennes pour deux raisons : La première est qu’il me semble très probable que nous arrivions au bout de notre folle épopée tant les conséquences des dégâts causés à notre planète semblent de plus en plus irréversibles. Quoiqu’il advienne et quel qu’en soit le moment, celles-ci seront si bouleversantes que l’architecture sociale patiemment élaborée depuis notre levée, sera grandement déstructurée. Or, rien de nos trouvailles intérieures ne semble avoir été en mesure d’empêcher la venue de ce mur d’eau et de feu par nous construit.
L’autre raison, en lien avec cette épopée à la Sisyphe qui fait notre désespérance, est que je sens monter de façon tout aussi exponentielle, un besoin viscéral de trouver des coupables à cette tragédie et de les châtier. Cet esprit de meute, qui n’est pour l’instant qu’une barbarie policée et contenue, n’augure rien de bon, les machettes verbales d’aujourd’hui risquant fort de faire les vraies demain lorsque la crise climatique sera bien plus que graphiques et débats.
Dans ces conditions, je considère que s’employer à se débarrasser de ce qui nous encombre pour rien est une écologie du dedans aussi nécessaire que nos engagements au dehors. Il faut le faire sans crainte car il n’y a probablement rien de plus à perdre que nous n’ayons déjà perdu et il ne faut négliger aucune des strates qui nous fondent, de la politique à la spiritualité, de notre expérience individuelle à la connaissance collective, tout en prenant soin de ne pas « jeter le bébé avec l’eau du bain ».
C’est donc un travail de discernement par l’attention au réel et la décantation profonde qui peut permettre de se mettre en cohérence avec soi, les autres et avec ce temps sans précédent qui a déjà commencé.
C’est à cela que je m’emploie depuis longtemps car déposer les voiles qui n’ont rien empêché est notre devoir d’être, au dedans pour l’ancrage et l’accord, au dehors pour témoigner d’un autre possible et résister à l’attraction des meutes vengeresses, aux simplifications outrancières et aux prédicateurs mortifères, désormais plus laïques que religieux, qui sur terre ou dans notre nuage promettent des espérances factices qui ne feront que rajouter de la souffrance à ce que nous allons devoir endurer. Cette « guerre » climatique a ceci d’unique depuis notre levée qu’elle pourrait être sans fin et que, comme le dit Yann Arthus-Bertrand : « l’ennemi est en chacun de nous. »
Ce front intérieur, tout aussi essentiel que celui qui consiste à rechercher des solutions, freine l’obstination à chercher des coupables.
Si l’artificialisation des esprits, aussi alarmante que les progrès de l’Intelligence Artificielle, est comme il me semble le résultat d’une hypertrophie cérébrale et d’une déconnexion à la réalité, travailler son discernement devient alors une nécessité absolue quand bien même cette quête ne sera jamais assez globale et rapide pour changer collectivement de direction.
Je pense toutefois qu’il est bien que nous soyons quelques-uns à la mener car cette sombre immersion sans fausse espérance peut révéler d’autres lueurs qui ne sont pas très éloignées d’une forme de transcendance.
Cette mise en ordre par les mots est simplement pour cela. J’écris simplement à tâtons, en essayant de me tenir au plus près de ma réalité d’être et de ce que le réel fait de moi afin d’échapper aux pensées simplistes qui ont toujours fait de grandes catastrophes ainsi qu’aux débats trop raisonnants qui le plus souvent ne servent qu’à voiler nos impasses ontologiques et à nous rassurer sur la glorieuse stature que nous nous accordons.
On est tous voyants, il suffit d’ouvrir les yeux et de le vouloir car il n’est pas plus aveugle que celui qui ne veut pas voir. Pour espérer voir, il n’y a pas d’autre solution que de travailler à se débarrasser patiemment de l’illusoire qui brouille le regard.
J’écris pour voir si à partir de cela qui est dévoilé, d’autres possibles se révèlent, avec l’espoir de recevoir en écho des voix qui cherchent aussi une trouée en marge du cheminement commun. Avec également l’espoir que des voix ayant la notoriété et la visibilité nécessaire prennent le relais pour alerter sur ces encombrements inutiles qui font les haines excessives et risquent de faire très mal pour ce demain si incertain.
Tel ces groupes de suricates dont chaque membre scrute sa part de désert pour avoir une vue collective plus large et mieux percevoir d’éventuels dangers, chacun, à la place où il est, peut et doit désormais dire s’il le pressent utile à d’autres.
Entre contestation et résignation, je cherche une autre voie de passage, faite de lucidité, de vitalité, de compréhension profonde et de désencombrement volontaire. Une boussole pour espérer «garder le cap» par temps si bouleversé.
