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Pour en finir

Petit traité de désilusionnisme

« La lucidité est souvent désespérante mais sa quête rend plus léger que la course éperdue au renouvellement de l’illusoire. Elle me semble surtout moins dangereuse pour les autres. ».

Avant-propos

Ce texte est un journal de veille et de vigilance, en prise avec le dehors comme avec le dedans, une mise en ordre par les mots pour essayer de discerner les chimères néfastes pour soi et pour notre vivre ensemble. Ma seule prétention est de penser que cela puisse avoir quelque utilité ailleurs qu’en moi.

Cette démarche révélatrice crée par là même une profonde allergie à la malveillance, la mauvaise foi, les non-dits, la malhonnêteté intellectuelle, les manipulations, l’esprit de meute…, tant de déraison et de battues qui se répandent sans limite et qui sont l’exact contraire de ce que nous aurions besoin pour affronter ensemble ce si unique et incertain.

Pour la forme, ce n’est pas une analyse pointilliste, je n’en ai pas la capacité ni le désir, c’est une sorte de corps à corps entre ressenti sincère et vécu, confrontés à la réalité des faits et aux mouvements de l’Histoire, avec pour principale motivation, la volonté de discerner pour se désenkyster. Cette approche me semble complémentaire de l’analyse universitaire car elle peut révéler des angles morts que d’autres pourraient ne pas voir. Comme ces suricates qui dans le désert scrutent chacun leur part de réel.

Je n’ai pas de compte à régler ni de d’amertume mais arriver à un âge certain et réaliser tout l’illusoire que l’on a absorbé et ce que tout ce faux a engendré oblige à « aller à l’os » et à l’essentiel pour s’en extraire.

J’écris donc dans une sorte de corps à corps entre mon ressenti et mon vécu confronté à la réalité des faits et de ce que je comprends du mouvement de l’Histoire. C’est donc avant tout un exercice de compréhension et de lucidité, une boussole pour ne pas me perdre dans le gigantesque flot d’opinions et de manipulations. 

J’écris ainsi car j’ai simplement le sentiment de me retrouver, sans l’avoir vraiment cherché, à une place qui le permet, souvent me l’impose, presque toujours m’encombre et j’espère en finir avec cette longue rumination en la décantant par la rationalité des mots.

Je n’ai pas plus cherché à me défaire de mon passé de rêveur idéaliste pour aller prendre refuge ailleurs si ce n’est ponctuellement pour agir en cohérence avec ce qui me semble le mieux pour contrer l’absolutisme mortifère des extrêmes. De l’anarchisme de mon adolescence, tout aussi stupide que tant d’autres bigoteries, je suis passé à une indépendance de pensée viscérale dont je suis revenu pragmatique et modéré. Rien n’est contradictoire quand ça vient de l’attention sincère à son vécu et de la volonté d’être cohérent et cette position modérée n’empêche en rien la hargne et l’activisme.

C’est aussi parce que ce que l’on met généralement en cause lorsqu’on évoque la crise de notre vivre ensemble et la perte de repères, les réseaux sociaux et le flux continu et mondialisé de l’information, me semblent insuffisants que je propose une autre dont j’estime qu’elle est très sous-estimée. Je n’ai toujours pas compris pourquoi, à l’heure où l’on essaie d’analyser les causes de la conflictualité grandissante, elle apparaît toujours si peu dans les analyses

Cette voie de décantation et ce refus du tracé d’avance sont pour moi une forme de spiritualité laïque d’une impérative nécessité lorsque l’on réalise vers quoi vont nous porter ces alliances contre-nature, ces accommodements, ce conformisme rassurant, ces post-vérités et tout le botox de la belle pensée qui, avec le refus de voir ce que le réel impose, rendra bien plus sombre ce sans répit qui vient. Pour en finir avec cette longue dérive générationnelle, ses excès de populisme bien-pensant, sa cécité volontaire et ses entre-deux accommodants, il faut commencer par le plus visible et avancer pas à pas pour déconstruire les croyances illusoires. 

C’est donc un journal de veille et de vigilance, en prise avec le dehors comme avec le dedans pour essayer de discerner, par la mise en mots, les chimères néfastes pour soi et pour notre vivre ensemble. Ma seule prétention est de penser que ces mots puissent avoir quelque utilité ailleurs qu’en moi. 

STUPEURS ET CONSTERNATIONS

À la base de ce besoin de dire, il y a une succession de dates et événements qui a provoqué chez moi sidération et colère. 

• 2005 : campagne pour le référendum européen. Premier étonnement de voir les vieilleries idéologiques remises au goût du jour et énervement face à la propagande institutionnalisé sur les ondes de France Inter.

• 2017 : campagne pour l’élection présidentielle et première à laquelle je participe activement du côté qui me semblait le plus cohérent avec ce que je pensais et qui m’apparaissait le plus à même d’empêcher le RN d’accéder au pouvoir. Admonestations et insultes de la part de connaissances qui considéraient que j’avais « trahi la cause ». Cela n’était pas très grave car c’est un risque à prendre lorsqu’on intervient dans l’espace public pour des raisons politiques mais le niveau de violence dans les mots m’a semblé très excessif. Énervement encore.

• 2018 : mouvement des Gilets Jaunes et plus particulièrement la saison deux en 2019. Je suis allé plusieurs fois dans leurs manifestations et ce que j’y ai vu de violence dans les actes et le verbe (j’ai là aussi essuyé quelques propos désagréables pour des paroles « non conformes »)) m’a sidéré. J’y ai surtout vu les militants d’extrême gauche au coude à coude dans un ballet complaisant et opportuniste avec l’autre extrême. Premier impensable.

• 2021 : année d’apparition de la Covid suivi d’un complotisme déchaîné et là aussi désolation et colère à la vue de connaissances batifoler sous des insignes nazis et des comparaisons outrancières dont certaines antisémites. Deuxième impensable.

• 2022 : élection présidentielle. J’ai encore été un peu maltraité verbalement mais c’est surtout la création de la Nupes qui a vu la soumission de la gauche dite « de gouvernement » avec sa part la plus « insoumise » pour se sauver du naufrage. Insupportable compromission et troisième impensable.

•  7 octobre 2023 : alors qu’un pogrom d’une violence abjecte s’apparentant au Mal absolu (Corps tués puis éventrés, souillés après leurs décès, le tout exécuté avec une préméditation « chirurgicale » puis filmé, diffusé, encouragé et exécuté dans la joie du devoir accompli) venait d’être sciemment commis par le Hamas en Israël, le retournement de l’accusation, la violence des propos et des actes et les tournures lexicales inacceptables, tout cela m’est apparu comme une continuation effrayante. Je me suis rendu dans les manifestations pro-palestinienne et j’y ai vu nombre de personnes et de connaissances tenir les mêmes propos simplistes et souvent faux que j’entends « depuis des lustres », sans se soucier des proximités douteuses, échanges parfois sidérants, accusations extrêmes… Comme partout ailleurs, tout ce pourquoi le Hamas avait entre autre commis cet acte imprescriptible. Quatrième impensable.

• 2024 : suite à la dissolution de l’Assemblée par le chef de l’État et des élections qui ont suivi, la gauche vient de gagner les élections mais de perdre ce qui lui restait d’éthique morale et à joué un jeu plus détestable encore en censurant le gouvernement avec les voix du RN. Elle qui s’est toujours positionnée comme garante de l’éthique vient de déchirer le voile de l’illusionnisme sans aucune retenue dans le seul but de se sauver et de gagner. Ces compromissions de la petite gauche avec son extrême sont aussi inqualifiables que l’abandon de cette dernière, une fois l’orage passé. Comme dans n’importe quel embrigadement sectaire, persuadée d’être le camp du bien pour l’éternité, elle s’est compromise avec le ravissement de l’aveuglé. Cinquième impensable

Nos « rebellocrates », adeptes du «comment faire la révolution, sans la faire tout en faisant semblant de la faire et hors congés scolaires pour se reposer de tant d’effort et profiter un peu des avantages offerts pas l’ennemi libéral» sont l’apothéose tragique de ce qu’à été cette part générationnelle, accrochée à sa gloriole 1789-1968 mais réduite au « spectacle » et qui par cécité volontairement entretenue et transmise de génération en génération est devenue une catastrophe en terme d’irrationalité. Et rien, pas même le déambulateur, ne semble pouvoir arrêter la stupidité grandiloquente de ce dernier carré de soixantuitardés. Il arrive qu’une mauvaise appréciation perpétrée sans discernement et avec obstination puisse provoquer à la longue une catastrophe au dehors comme au dedans. Je pense que ce que j’essaie d’analyser ici montre qu’elle est une des causes premières de ce que nous vivons désormais en terme économique et moral ainsi que de l’esprit de meute qui ne sera pas sans conséquence quand le sans répis climatique qui est dèjà là sera notre réalité de tous les jours. 

Il arrive qu’une mauvaise appréciation perpétrée sans discernement et avec obstination puisse provoquer à la longue une catastrophe au dehors comme au dedans. Je pense que ce que j’essaie d’analyser ici montre qu’elle est une des causes premières de ce que nous vivons désormais en terme économique et moral ainsi que de l’esprit de meute qui ne sera pas sans conséquence quand le sans répis climatique qui est dèjà là sera notre réalité de tous les jours.   

Il arrive aussi que trop occupé à essayer de chasser le diable devant sa porte, on ne voit son associé qui est entré par-derrière. Surtout s’il a l’air avenant. Il me semble que cela a dû parfois se passer ainsi et que, de ce 7 octobre 2023 à ce 7 juillet 2025, le dérèglement des consciences a fait un invraisemblable saut.

Derrière chacun de ces impensables, dont on peut prédire qu’ils ne sont pas les derniers, on retrouve l’extrême gauche. Elle est l’ombre noire qui plane sur chacun de ces événements et notre pays, tout en étant la grande oubliée de l’analyse. Alors que les premiers de cordée sont désormais en pleine lumière, que leur obsession manipulatoire est évidence, il reste encore assez de condescendance bien pensante pour ne pas en faire la cause première du pourrissement moral de ce grand cadavre à la renverse que l’on nomme encore peuple. Toute génération confondue. Sans oublier l’arrière-garde de celles et ceux que je côtoie depuis si longtemps, bien intentionnées mais figées dans un mélange de naïveté adolescente accommodante et de pureté par avance certifiée, inchangée depuis notre jeunesse commune qui a vu la naissance de ce grand rêve partagé que le réel n’a pas cautionné.

Chacun de ces moments m’a contraint à reprendre ce travail d’écriture pour me mettre en ordre avec ce que je pense, confronter ce que j’entrevois et ressens à la compréhension que j’en ai et pouvoir répondre de façon étayée et sans ménagement à celles et ceux qui pensent que la modération est un reniement et la grandiloquence son contraire. 

J’en reprends la compilation à la suite du 7 octobre 2023 qui, avec sa conséquence toute aussi terrible pour la population d’en face, est venu une fois de plus souiller notre humanité commune. Quant à la réaction ici, elle me laisse à penser que le retour du même, aveuglement dans ce cas, est toujours à l’œuvre et n’augure rien de bon quand on sait les complications que la crise climatique va engendrer. Je la termine après ce 7 juillet 2024 qui chez nous révèle plus encore l’étendue des dégâts.

AU TOUT DÉBUT

Arrivé à maturité après 68, j’ai suivi avec enthousiasme les prédictions de village planétaire fraternel et de travail non coercitif et même de l’idéologie révolutionnaire de mes prédécesseurs. Cet avenir mirifique annoncé à fait que comme beaucoup d’autres de mon âge, j’ai abandonné les études alors que les promoteurs de ce rêve libertaire reprenaient le chemin de leurs universités. Un premier doute, quoique ce temps nouveau autorisait incertitude et espérance.

On peut être reconnaissant à celles et ceux qui ont fait 68 et à ce que leur révolte a apporté (même si Simone Veil n’était pas de ce camp) tout en étant critique envers sa prolongation en illusionnisme perpétuellement renouvelé. Cette dérive simpliste me semble être en partie responsable du climat de malveillance et de défiance dans lequel nous baignons actuellement. Quant aux barrages provoqués par cet irréalisme idéologique, ils sont pour beaucoup dans l’affaiblissement économique de notre pays commun.

Constatant les échecs, au fur et à mesure de leurs apparitions, j’en ai cherché les causes et celle de l’entre-deux inopérant m’a vite semblé déterminante. On peut faire la révolution sans programme préalable mais on ne peut pas renverser la table par petites touches, entre deux vacances, sans accepter la violence extrême qui est inhérente à ce type de renversement et en s’accommodant sur le plan personnel de ce que l’adversaire propose. Or, malgré l’emphase verbale, aucun de ces « tigres de papier » n’a jamais été prêt à sacrifier confort, petits plaisirs, vie de famille et accepter le prix du sang pour eux et pour leurs ennemis.
Au bout du compte, ce non-assumé, révolutionnaire d’un côté et réformiste de l’autre (ce qu’ils sont en réalité) ne produit que de l’échec, de la rancœur et de la confusion pour le plus grand nombre.

Le vent finit toujours par tourner et ce qui pouvait avoir sa raison hier peut la perdre dès lors que nous avons assez d’Histoire derrière nous pour comprendre et qu’un mur à l’avant va demander cohérence et bienveillance pour essayer de l’amoindrir.

DU « NI, NI » AU « TOUT, TOUT »

Si 68 a permis de réelles avancées sociétales, c’est aussi le moment fondateur d’une grande dérive que l’on pourrait nommer le « NI,NI–TOUT,TOUT » (ni capitalisme, ni marxisme mais de l’un à l’autre au gré des envies de pureté sociale ou de liberté personnelle).

Cet entre-deux, fait de petits arrangements et de dissimulation, est le grand tour de passe-passe de cette génération et la pierre d’angle de toutes les dérives à venir. Il est la faute originelle par laquelle toutes les autres n’ont cessé d’advenir. 

Dès lors que le réel et ses contraintes ontologiques pouvaient être constamment enjambés au profit d’extrapolations ayant l’apparence de la rationalité ou d’idéalisme sans armature, cet entre-deux en apesanteur a pu se régénérer sans fin quels que soient les échecs et devenir un prêt-à-penser adaptatif où le langage déleste de tout. Jusqu’à faire du pire un bienfait.Tout cela ne pouvait mener qu’à la catastrophe intérieure que nous voyons se déployer sous nos yeux soixante ans plus tard.

Le problème n’est pas que l’on ait cru à ce possible, j’y ai cru aussi, le problème est que beaucoup ont continué à y croire malgré l’épreuve des faits, du réel et de l’Histoire qui n’ont généralement que faire de ce genre de rêverie conceptuelle. Ces enkystés ont alors été obligés d’utiliser tous les stratagèmes possibles pour pouvoir continuer à y croire dans la durée et à le faire croire au plus grand nombre.

Si l’espérance jusqu’à l’élection de Mitterrand pouvait être compréhensible, l’échec de sa révolution permanente, du programme commun, puis, de l’altermondialisme, tout cela avec la chute du mur aurait dû avoir raison du « NI,NI-TOUT,TOUT » mais il n’en fut rien. L’aveuglement prit le dessus et ne cessa de s’amplifier, se transmettant de génération en génération jusqu’à l’absurde.

L’incapacité à produire une alternative sérieuse à l’économie de marché et un vrai renversement (qui entraînerait le plus grand nombre et ne s’arrêterait pas avec l’été) a laissé la porte grande ouverte à ce qui était déjà en place. D’autant que même les plus enragés semblaient trouver quelques avantages à ce qu’ils se faisaient fort de renverser.

Le constat tragique de ce vide aurait dû faire baisser le niveau de radicalité mais le « NI,NI-TOUT,TOUT » cérébral a rendu envisageable tout illusoire. 

Pas une seule fois un retournement de l’attention sincère n’a été porté collectivement sur cette aventure, sur ses contradictions vertigineuses et sur les conséquences de ses malfaçons. Au lieu de cet exercice de lucidité, ces « ennoblis du bien penser » ont préféré laisser se répandre, avec la certitude du « bon pasteur », ce qui est devenu un prêt-à-consommer des idées, une sous-culture si séduisante qu’elle ressemble souvent aux bigoteries précédentes. Le plus attristant est de voir les générations successives s’ankyloser avec fierté dans cette mélasse de l’à-peu-près.

Les contradictions sont une richesse pour soi mais ne pas les reconnaître et de continuer à faire les malins en public comme si de rien n’était l’est beaucoup moins.

À l’inverse, l’admonestation et la demande de repentance sont devenues la spécialité de ce courant générationnel depuis plus de soixante ans. Ses mises en accusation, battues et demandes de contrition vertueuse (sauf pour elle-même) ont créé une énorme confusion dans l’appréciation de la réalité chez un grand nombre de citoyens tout en en faisant des « benêts » en économie.

Sur le plan politique, l’habileté intellectuelle de cette génération a pouvoir tout conceptualiser l’a mené aux plus inadmissibles compromissions, des premiers jours du gauchisme avec Mao en Chine et Komeny en Iran avec plus tard l’altermondialisme et Chavez puis Maduro au Vénézuela jusqu’au délire wokiste actuel qui les voient se rapprocher de l’islamisme le plus répressif. En cela, ils ont été pendant plus de soixante ans, les « idiots utiles » de la plupart des despotes de la planète et auront favorisé le pire sans rien changer de ce qu’ils prétendaient renverser. Et alors que nos préoccupations et notre énergie ne seront bientôt plus que pour affronter la réalité des faits, prolonger et renouveler l’aveuglement est misérable et impardonnable.

Depuis l’apparition de la toile, ils n’auront eu de cesse de toujours manipuler et embrigader en donnant aux rebelles 2.0, les mots et les concepts nécessaires pour enrichir leur patrimoine lexical et les justifications pour s’offrir un prêt-à-porter simpliste permettant les postures grandiloquentes et la volonté d’en découdre.

Ils en ont fait une norme de pensée rassurante, un intellectualisme de confort permettant de se reposer sur ses petits acquis et de se conforter dans une pensée partagée. Alors que les instigateurs de ce « ni,ni-tout,tout » sont comme moi plus près du déambulateur que de la planche de surf, beaucoup sont toujours aux avant-postes pour transmettre leurs recommandations, soutenus en cela par nombre d’intellectuels et personnes médiatiques pris dans les mêmes plis de pensée générationnels.

La pureté des idéaux adolescents et s’y maintenir semblant la grande affaire de cette génération, l’arrivée à maturité de ce « dernier carré » n’y a rien changé. Tout comme les sérums pour régénérer les corps, cette panoplie morale tient lieu de lifting intérieur. C’est dommage car si la vieillesse physique a très peu d’avantage, l’expérience et l’attention à la somme d’Histoire passée portent au discernement, à l’appréhension de la complexité au dehors comme au dedans et de ce fait, à la modération et au tâtonnement. 

S’ils avaient abandonné le cocon si rassurant qu’ils se sont tissé sur mesure, ils verraient que la brume malsaine de haine et de mal-être est en grande partie la conséquence de leurs barrages déconnectés et de la « petite musique » accusatrice qu’ils instillent depuis tant d’années.

S’affranchir de la réalité en toute impunité sans se départir de la grandiloquence qui sert généralement à masquer l’aveuglement volontaire est probablement la plus grande faute morale de cette génération élargie et le début d’une dérive immature permettant tous les arrangements. Au bout du compte et malgré les avancées du début, cette approche ressassée sans fin a créé un conformisme étouffant et une pensée malade dans laquelle nous barbotons encore comme des canards sans tête. Quant à la radicalité de pureté, bienfaisante pour soi et exigeante pour les autres, elle est l’autre face de l’inhumain qui a souvent précédé le pire. 

RIC, LE RETOUR

Ce pourrait être un autre acte fondateur des dérives à venir. En octobre 2018 a commencé le mouvement des Gilets jaunes. Autant la première révolte était respectable car, comme en 68, elle avait tous les critères d’un vrai soulèvement : soudaineté, justesse, cohésion…, ce qui lui a permis d’avoir quelques résultats, autant l’acte suivant a été tout son contraire, une tragicomédie pathétique sur le plan stratégique et moral.

Lors de ces manifestations de 2019, j’ai été étonné de voir réapparaître le RIC. C’était assez cocasse de voir des personnes aussi peu conciliantes avec des opinions si divergentes s’en emparer mais je me suis souvenu que cette proposition avait fait irruption en 2005 à l’initiative d’Étienne Chouard. Plus tard, je me suis aussi aperçu que l’émission « Là-bas si j’y suis » était toujours présente sur internet et quand j’ai vu les soulèvements violents et les slogans radicaux dans les petites localités, je me suis dit que la propagande distillée dans les « cafés repaires », depuis leur création en 2005, avait été efficace. J’ai alors compris que les vieux revanchards de la soi-disant confiscation référendaire et de tous leurs échecs d’avant n’avaient jamais « lâché l’affaire » et qu’après avoir passé des années à manipuler à bas bruit tout en ruminant leur revanche, ils refaisaient surface pour prendre la direction des opérations et refourguer leurs fumants concepts d’antan. Cela s’est assez vite confirmé.

Ces fins stratèges qui jouaient les marionnettistes auraient dû dire à cette petite foule disparate que ce qui fait la justesse d’une révolte, c’est sa spontanéité qui exprime un ras-le-bol. Il n’est pas alors nécessaire d’avoir des revendications précises mais il y a un impératif : soit ça prend et assez vite une majorité suit, soit ça ne prend pas et renouveler le soulèvement tous les week-end mène à une impasse. Au risque de voir tout ce qui en fait la force se dissoudre dans un n’importe quoi, obligeant à sombrer dans un jusqu’au-boutisme délirant pour se maintenir. Si par contre on occupe la rue avec des revendications précises on doit continuer en développant ses arguments avec l’espoir que le plus de monde participe et que l’on arrive quelquefois à une victoire, le plus souvent à un compromis ou à un échec si ça s’étiole. Se tenir dans un entre-deux, c’est prendre le risque d’une débâcle amère et malsaine. Et le « on ne lâchera rien » (surtout quand ce qu’on ne veut pas lâcher est si confus) n’y a rien changé.

Tout porte à croire que pour nos commissaires politiques, l’objectif n’était que d’avoir assez de chair à canon pour remettre au goût du jour leurs vieux concepts et servir de tam-tam pour les revitaliser. Pour cela, le prolongement indéfini des sorties était une vraie aubaine.

J’allais dans ces manifestations et j’ai alors envoyé de nombreux courriers à la presse, relatant mes impressions par rapport à ce que je voyais et ce que j’entendais et les propos souvent pathétiques que je recueillais. C’était surtout pour dire mes craintes face à l’absurdité d’une telle violence.

J’ai vu certains de ces marcheurs du samedi, parfois âgés et craintifs devant l’ampleur de ce qu’ils côtoyaient de violence extrême mais se résignant à collaborer pour que leurs déambulations ne soient pas confondues avec de gentils défilés de mode.

J’ai vu des commerçants effondrés devant leurs devantures saccagées et des familles faisant leurs courses s’enfuir paniquées,

j’ai rencontré des restaurateurs proches des lieux de rassemblement en pleurs d’être obligé de fermer leurs commerces samedi après samedi pendant des mois.

J’ai vu toute cette violence ahurissante dans les mots et les actes qui offrait souvent des ressemblances troublantes avec les fanatismes combattus ailleurs : oriflammes, images de décapitation, gilets couverts d’inscriptions infamantes…

Mais le pire aura été pour moi de voir la gauche extrême manifester aux côtés de celle qu’elle prétend combattre depuis toujours pour se disputer les quelques restes de ce que les deux nomment «  peuple » et qui n’était que foule. Cette situation m’est apparue comme un impensable d’indignité et j’étais loin de penser que ce n’était qu’un début.

J’ai été moins étonné de voir intellectuels ou personnalités embourgeoisées en quête de repentance qui, tout en se tenant à distance respectable des effluves lacrymogènes, venaient faire l’éloge de cette épopée tragique pour tout le monde. Sans qu’aucune de ces belles âmes ne dise aux plus modestes et sincères de ces piétineurs qu’ils allaient nulle part. Mais là aussi, il s’agissait de se servir pour rétablir un peu de sa virginité morale. 

ET RETOUR À 2005

C’est à partir de cette date que j’ai commencé à réaliser qu’e cette génération s’était construite sur nombre de faux-semblants, de petits arrangements et de simplifications accommodantes qui se sont prolongés au-delà du raisonnable sans que jamais ne soit franchement et collectivement reconnu l’étendue des erreurs.

À cette époque, je travaillais chez moi et j’écoutais l’émission « Là-bas si j’y suis » sur France-Inter. C’était une émission “modeste et géniale” comme elle se définissait, engagée mais qui parlait aussi de destins individuels souvent surprenants et attachants.

En amont du référendum, elle s’est très vite transformée en « Radio 1 000 Collines ». Daniel Mermet et ses journalistes (dont François Ruffin) inondaient cette heure de propos clairement anticapitalistes et d’appels à voter non au référendum. Je me rappelle avoir interpellé la direction de France-Inter quant à cette appropriation. Ces mêmes ont, sur le terrain et jusque dans les petites communes, mis en place des « cafés repaires » afin de relayer plus grandement leurs opinions sous couvert de débats citoyens et embarquer le plus grand nombre. 

Même si énormément d’erreurs avaient été faite du côté du Oui, le Non est passé, en grande partie, grâce à ce travail en profondeur pour lequel ils avaient toute compétence. J’ai continué à les écouter et avec eux celles et ceux qui laissaient des messages sur le répondeur de l’émission. C’était là aussi assez cocasse car les propos des auditeurs et des animateurs étaient souvent à des appels à la sédition pour mettre à bas le libéralisme mais les connaissant et voyant que l’été arrivait, je savais qu’il n’y avait rien à craindre. Ils ont juste réussi à faire gagner le non par les urnes, quant au libéralisme, il a continué tranquillement sa route. Les autres mouvements comme l’altermondialiseme, « Nuit Debout »… ont été bien moins concluants. 

Alors que je voyais nos illusions se déliter face aux butées que le réel imposait et que j’essayais modestement de me mettre en conformité avec la réalité des faits de l’Histoire, j’étais stupéfait de voir que ces insoumis de la première heure se riaient de ces contradictions fondamentales et continuaient à faire les malins avec autant de certitudes, de simplifications, d’arrogance et surtout autant de déni face à la désagrégation de leurs théories.
J’ai aussi réalisé le fossé qu’il y avait entre leurs propos révolutionnaires et leurs faibles concrétisations dans les actes. Une espérance altermondialiste avortée, quelques rassemblements rapidement échoués et quelques poussées de fièvre vite retombées avec l’arrivée de l’été. Pas de grand soir renversant mais autant de petits simulacres révolutionnaires, sans cesse rejoués avec élan et effets de manches.

C’est à cette époque qu’a recommencé la propagation de ce groucho-marxisme d’ambiance qui a toujours fait marrer les vrais marxistes. Du marxisme libertaire à l’adaptabilité libérale, il n’y a souvent qu’un pas vite franchi et si l’épopée au long cours de ces vieux généraux engoncés dans leurs uniformes de révolutionnaire bien trop grand pour eux, n’aura été qu’une suite interminable d’échecs sur le plan de la lutte sur le terrain, cette campagne anti-référendum restera tout de même leur grand fait d’armes. Ils ne l’oublieront pas, la revendiqueront et auront compris que leur compétence première se trouvait plus dans la manipulation et l’entrisme qui ont toujours été l’apanage des trotskistes.

Ils ont mis en avant que ce résultat populaire avait été rejeté au prétexte que cette constitution ait été remplacée par un traité moins contraignant et approuvé par une voie, certes moins démocratique mais réglementaire pour un traité. Pour eux, ce fut insupportable de voir leur grande victoire ainsi contournée et ça aussi, ils ne l’oublieront pas. Leur envie de revanche n’a pas cessé et vingt ans après, cette soi-disant dépossession est toujours dans leurs têtes et ressurgit régulièrement dans les discours. D’autres vingt ans après se réjouissent d’avoir ce traité mais on est toujours à se demander à quoi pourrait ressembler une alternative sérieuse et non marxiste au système économique basé sur l’offre et la demande ?

Depuis leur irruption en 68, les illusionnistes de la gauche extrême n’ont jamais cessé de jouer à faire la révolution sans la faire tout en faisant semblant de la faire sans négliger les nombreux avantages que l’ennemi libéral propose. Cette parodie pourrait être comique si ces acteurs n’avaient toutes capacités pour embastiller, notamment à l’université et de ne pas être trop bousculés dans la sphère médiatique, friande de bons sentiments, de références tonitruantes et de débats à l’infini. Ils ont donc depuis leurs débuts tout à la fois mots et micros nécessaires pour embarquer une grande part de la population dans leur approche simpliste de l’économie, de l’argent et dans leur manière accusatoire.

C’est au bout du compte, de l’inquisitoire pour rien aujourd’hui et pour le pire demain, lorsque le temps de vivre sera un défi permanent. Malheureusement personne ne fait vraiment et sans ménagement l’analyse critique de cette rhétorique accusatoire dont la propagation sans fin explique pourtant bien des choses. Qui montrerait également le caractère futile de cette imposture intellectuelle qui s’éternise sans autre raison que d’entretenir les postures.

Nous sommes en 2023 et France-Inter, pour son anniversaire, vient de mettre en ligne des anciennes émissions. Je m’amuse à réécouter l’émission « Là-bas si j’y suis », je retrouve Daniel Mermet qui fait sa propagande et surtout les messages des vieux gauchos sur le répondeur. Ce sont les mêmes mots et les mêmes formules que j’entends inlassablement depuis près de soixante ans, réapparus dans la bouche des Gilets jaunes, des Nuits Debout…, sur internet, auprès de mes connaissances et plus ou moins édulcorés, dans les médias. Je me rappelle qu’en 2005, j’avais laissé des messages sur le répondeur pour me moquer de ces simulacres révolutionnaires. 

DES OMERTAS FRANÇAISES

D’une omerta…

Il y a en France des silences assez assourdissants. Celui sur cet entre-deux inopérant renouvelé sans fin en est un. Il permet d’enjamber aisément le mur du réel afin de s’autoriser à construire sur du sable de somptueuses demeures conceptuelles, sans cesse renouvelées malgré leurs effondrements successifs. Ainsi les prédicateurs peuvent rester dans la grandiloquence et continuer les mises au pilori.

Si cette « profusion dialectique » est depuis toujours frappée d’intouchabilité, c’est avant tout en raison de la connivence générationnelle entre interviewer et interviewés car il y aurait pour les deux une forme d’inconvenance intellectuelle à ramener à aussi primaire que les limites que le réel impose. Le plus grand avantage de cette omerta est qu’elle permet à tous de prolonger les débats sans confrontation à l’imprescribilité des faits et de l’Histoire. Le problème est que cela fausse durablement notre rapport à la réalité et ce « ni,ni-tout,tout », parce qu’il autorise tous les dépassements est devenu un sésame magique permettant accommodements et faux-semblants sans trop se soucier de ce que le dur du réel et le recul historique impose.

C’est à la fin une omerta confortable pour certains et tragique pour tous. Cette approche opportuniste a autant fracturé notre rapport au réel que les réseaux sociaux ou les infos en continu tout en n’ayant rien changé de la toute-puissance du libéralisme faute d’alternative sérieuse radicalement différente, celles mises sur la table ne pouvant la renverser car s’inscrivant dans la règle de l’ennemi, à savoir l’économie de flux et de marché.

à une autre

Celle-ci vient de bien plus loin, concerne la gauche française dans son ensemble et n’est pas sans rapport avec la précédente ormeta. Une partie de la gauche, après avoir renoncé au marxisme dans les années 20 a cru qu’une alternative économique à celui-ci autant qu’au capitalisme était possible. Elle est donc restée dans l’espérance et le peuple ouvrier a espéré avec elle. Mai 68, avec le PSU, l’autogestion et la continuation des luttes a régénéré cet espoir, même si une bonne partie des ouvriers et paysans ont commencé à se méfier des étudiants et de leur effervescence libertaire.

Les choses sont restées en l’état jusqu’à l’arrivée au pouvoir de l’Union de la gauche. Grand espoir encore mais si éloigné des réalités économiques que nous sommes très vite passés de la révolution permanente à la rigueur persistante. Cette incapacité à produire une vraie alternative a été amplifiée par la chute du mur qui a sonné le glas de l’espérance. La gauche dite de gouvernement a alors dû se résigner à accepter les règles de l’économie de marché mais contrairement à d’autres gauches européennes, elle a continué à se et à nous raconter des histoires avec grandiloquence dans les mots et les actes. C’est son grand malheur et une fuite en avant irresponsable.

De son côté, la base du peuple ouvrier a cette fois compris et est allée chercher ailleurs plus radical. Pour recruter d’autres adeptes, la gauche modérée s’est alors rapprochée du festif soixante-huitard et de son « ni,ni-tout,tout » ouvert à tous les vents et surtout aux bons sentiments qui sont devenus une parade infaillible pour faire omerta. Avec plus tard l’indignation et les effets de manche quand ça ne suffisait plus à faire écran. Elle en a épandu partout jusqu’à s’approprier notre bien commun, l’humanisme, qu’elle a usé jusqu’à le dénaturer.

Le plus grave est qu’après que Mitterrand a ouvert la porte au Front National à des fins électorales, cet irréalisme bien pensant et ses réformes idéologiques ont durablement contribué à faire le lit de l’extrême droite tout en affaiblissant économiquement notre pays. Aujourd’hui, l’extrême gauche (et la petite gauche qui s’est pacsée avec) est en train d’apporter les dernières voix qui manquent au RN pour accéder au pouvoir. Elle est grandement responsable de sa progression tout en prétendant se poser en rempart contre ce dernier. Retournement de l’accusation de la charge, procédé implacable dont la gauche raffole. 

La France est ainsi devenue la patrie des non-dits au gré des accommodements idéologiques et consolateurs avec mise à l’écart de celles et ceux qui brisent les omertas et révèlent, a l’appui des faits, les malversations intellectuelles. Le problème est que cet état de fait falsifie en profondeur le réel et ajoute à la dérive des esprits autant que peuvent le faire les réseaux sociaux.

DES GAUCHES IRRÉCONCILIABLES…

Par tout cela, on peut dire qu’il y a une grande différence entre la gauche d’avant 68 et celle d’après. Celle d’avant avait une cohérence dans l’espérance, un socle ouvrier fort et à permis des avancées sociales. Le soulèvement de 68, par sa raison d’être et la fraîcheur de la révolte a permis de nombreuses évolutions sociétales.

C’est après que ça a commencé à se gâter car la gauche est passée collectivement et plus ou moins suivant les tendances, de la foi au rêve puis au bricolage et a l’omerta pour continuer à exister. Le fait qu’en France, antécédent révolutionnaire oblige, il n’y a eu que des reconnaissances officieuses et du bout des lèvres du fait accompli que l’économie de marché avait gagné, moins par sa puissance et sa force de persuasion que par l’incapacité de la partie adverse à produire une alternative radicale et sérieuse, a obligée la gauche française a beaucoup fausser pour masquer cette butée indépassable. N’ayant jamais cessé ce brouillage à bas bruit, cette malhonnêteté intellectuelle fondamentale a eu des conséquences graves sur le plan de l’économie et sur celui des consciences.

Cette acceptation par renonciation forcée vaut abdiquation et capitulation. Elle démontre s’il en faut le caractère impossible d’une réelle alternative. Il n’y a toutefois pas de loi d’airain qui empêche toute perméabilité entre système libéral et système planifié mais la grande différence entre les deux est que le marxisme est essentiellement moral et donc coercitif alors que l’économie de marché est avant tout un système de flux qui, malgré les énormes problèmes que pose souvent sa neutralité morale, a quelques avantages comme celui de permettre des initiatives constructives qui vont même à l’encontre de sa raison d’être. Toutefois, si par choix, par raison ou par impossibilité, on accepte de demeurer avec un système quel qu’il soit, on est obligé d’en respecter les règles qui le fondent au risque d’en amoindrir ses avantages.

Et pour canaliser son cours impétueux, il y a que deux façons de faire : des barrages à tout va en se faisant le plus souvent emporter non s’en compliquer et ralentir la mise en place des évolutions nécessaires ou, comme il est fait ailleurs, encadrer du mieux qu’on peut avec l’attention à ne pas casser les règles qui permettent la production de richesse pour faire en sorte de mettre en place plus de protections raisonnables. Sans un égalitarisme exacerbé qui le plus souvent produit le contraire. Si nous avions choisi cette voie comme les pays du nord de l’Europe, nous serions, de par nos atouts géographiques, culturels…, dans le peloton de tête du bien vivre.

Dès lors que nous réalisons qu’il n’y a pas, de manière quasi ontologique, d’autre alternative que de faire avec le système en place, nous devenons automatiquement des réformistes. La seule différence est celle d’un réformisme assumé qui essaye modestement de faire avancer les choses face à un réformisme maquillé d’illusoire et de postures grandiloquentes qui ne peut que produire des incohérences.

Malheureusement, le vieil « idéologisme »révolutionnaire de ce bon « peuple de gauche » et la non-reconnaissance jusqu’au déni de ce qui est, empêche tout dialogue constructif et évolution cohérente.

Avec la crise écologique qui vient, nous recroqueviller dans les idéaux illusoires qui depuis très longtemps ne produisent plus que de la conflictualité ne fera que rajouter de la souffrance à la rudesse de ce que nous aurons à vivre. Le pragmatisme, l’adaptabilité, la lucidié et la résilence sont je crois préférables pour aller où nous allons.

AUX GAUCHES RÉCONCILIÉES

L’inexorable déroute à bas bruit de la gauche modérée a abouti à ce qu’elle n’ait d’autre opportunité que d’aller se soumettre à son extrême pour se sauver. Lorsque l’on voit ce qu’il en est lorsque le président actuel a le malheur de partager quelques mots utilisés par le RN, on imagine sans peine ce qu’aurait engendré dans les médias et la rue, une telle alliance de LR avec le RN.

Ce rapprochement contre nature, plus proche de la décomposition que de la recomposition, fait que progressivement, les plus raisonnables se voient obligés d’adopter les mêmes codes dialectiques et monter d’un cran le niveau d’admonestation, montée d’adrénaline qui est reprise en chœur par tous leurs adeptes dans l’espace public et médiatique. Tout ce qui est à gauche, des syndicats aux ong en passant par les mouvements écologiques ou féministes a ainsi « bénéficié » de cette poussée de radicalité.

Nous avons pourtant assez de recul pour faire objectivement le constat, tout en n’étant susceptible d’aucune inclination si ce n’est la liberté de penser et bien qu’aucun des deux extrêmes n’ait été au pouvoir, que l’extrême gauche aura fait bien plus de ravages dans les têtes et de barrages au dehors qui ont durablement dégradé notre pays commun tout en faisant ce qu’il faut pour amener l’autre extrême au pouvoir en vue d’un grand soir assuré. De ces deux populismes et jusqu’à ce jour, celui de gauche devrait être considéré comme un poison bien plus pernicieux car auréolé de l’idéal révolutionnaire et des avancées sociales d’antan. Et être considéré comme le pire que 68 a enfanté. S’il ne l’est pas, c’est seulement que l’impunité de la doxa du bien penser lui est accordée sans limite.

Même si des élus de la nation vont jouer les influenceurs dans les réunions de l’ultra gauche la plus délirante, même si l’islamo gauchisme (que Pierre-André Taguieff nomme désormais islamismo gauchisme) perverti profondément notre vivre ensemble, même si la violence au nom d’une idéologie « hors sol » est le pire pour affronter ce qui vient. 

Malgré cela, la communauté de la bien-pensance, dans les médias mais surtout chez ce petit peuple « bien sous tout rapport », regarde ailleurs, chacun à sa place, entretenant et confortant cette vieille mythologie épuisée. Pour les médias, en s’abstenant de toute question qui pourrait fâcher afin de prolonger les débats pointillistes et pour tous, en récupérant pour soi un peu de cette onction extrême.
Que la gauche dite modérée ait osé s’allier à sa part toxique sans se voir bannie des esprits en dit aussi long sur le conformisme apathique, intellectuel et moral, dans lequel nous baignons. Alors que tout se brouille de plus en plus en nous, cela ajoute à la dérive des esprits qui viendra demain apporter ses vagues mortifères à la dérive climatique

Que la gauche dite modérée ait osé s’allier à sa part toxique sans être définitivement bannie des esprits en dit aussi long sur le conformisme apathique, intellectuel et moral, dans lequel nous baignons et alors que tout se brouille de plus en plus en nous, cela ajoute à la dérive des esprits qui viendra demain grossir l’autre débordement.

Que personne hormis quelques médias et quelques intellectuels courageux n’en fasse pas haut et fort le procès semble prouver que nous avons chez nous un camp du bien qui n’a rien à envier à celui que l’on montre du doigt ailleurs.

Dans les faits, on voit une marée, non pas de faussaires malveillants par grande idéologie, mais de petits engoncés qui chacun à son petit poste, dans les médias, les institutions, les regroupements associatifs ou de l’entre soi, font en sorte que leur petite foi ne soit pas touchée par la disgrâce. Pour cela, au nom d’une petite idéologie consensuelle qui par tous les moyens, doit être préservée de toute souillure, ils défont les faits, les contournent, les retournent, écartent celles et ceux qui risquent de les confondre ou que la doxa a montré du doigt. C’est notre petit camp du bien de toute éternité et pas question de trop y toucher. L’esprit de gauche semble dans notre beau pays, fille aînée de l’église et mère de l’idéal révolutionnaire, une petite foi inébranlable. Et ce malgré les faits, les évolutions et les évaluations.

La génération 68 a cru mettre à bas la religion par la seule force du discours et de la mise à distance. Elle n’a pas compris que sans se risquer à l’approfondir pour mieux la comprendre et la déconstruire si nécessaire dans la profondeur de soi, on risquait fort de la renouveler par d’autres voies moins visibles et de ce fait plus pernicieuses. Le résultat est là désormais.

La gauche n’est plus qu’une étoile morte à la lueur factice mais les « Je suis de gauche » s’y accrochent désespérément en affirmant avec force leur appartenance et pour sauver leur foi, sont prêts à tout, quoiqu’il en coûte de soumission, de blocages, d’empêchements, d’affaiblissement et de pertes de repères jusqu’à fracturer et saper notre vivre ensemble. En cela, ils ressemblent à des Mormons à qui on viendrait annonce, preuve à l’appui, que dieu n’existe pas.

Justifier l’injustifiable, nier les évidences que l’Histoire en marche dévoile et quel que soit le reproche, retourner systématique la charge de l’accusation, c’est là quelques symptômes qui indiquent que nous sommes passés à autre chose qui ressemble à un aveuglement volontaire plus proche de la mystique que de la politique.

Il suffit d’être assez désembourbé idéologiquement (cette couche du dehors qui fait la stupidité bornée au dedans) pour le réaliser et comprendre que tout cela est définitivement une impasse tragique pour nous tous.

Nous sommes début 2024 et le PS vient de franchir un nouveau Rubicon à « contresens » en vue des élections européennes. Après s’être soumis à LFI, il renie son sauveteur pour aller se pacser à Raphaël Glucksmann que Mélenchon traite de renégat libéral. En plus d’être immoral vis-à-vis de ceux qui l’ont sauvé, cette infidélité assumée en dit long sur notre capacité à tout avaler par conformisme et paresse. Méprisable et misérable. Quant à Raphaël Glucksmann, on entend déjà les projectiles siffler car les « Frondeurs » sont déjà à l’entraînement. Pathétique. Le silence tonitruant vis-à-vis de cette dérive titubante opportuniste est assourdissant.

DU GAUCHISME

Suite logique du « ni, ni-tout, tout » soixanthuitard, le gauchisme, par sa capacité intellectuelle à manipuler envers et contre toute réalité de l’Histoire en marche, a pourri durablement ce pays en rendant impossible tout compromis intelligent. Bien que se présentant comme le meilleur adversaire de l’extrême droite, il est dans la réalité des faits, le plus grand déversoir de voix électorales vers la famille Le Pen quand ils n’ont pas voté pour eux afin d’accélérer la venue de ce grand soir dont ils rêvent encore. En cela, cette « maladie infantile » comme la nommait Lénine est devenue pire encore après ce 7 octobre 2023. Une interminable gangrène.

Est-ce parce que nos valeureux combattants, trop prudents ou timorés c’est selon, n’ont pas osé aller aussi loin que leurs homologues d’Allemagne, d’Italie ou du Japon, qu’ils continuent à jouer au « grand soir » en prolongeant indéfiniment cette mythologie grandiloquente ? À l’inverse des autres qui, ayant vécu dans leur chair la violence révolutionnaire, sont devenus plus prudents. Citons aussi Karl Marx : « la reprise du passé, par décision de la conscience et non par des lois immanentes, ne peut être que comique. L’Histoire, de tragédie devient farce une fois qu’elle se répète ». C’est bien une farce que jouent nos insoumis de pacotilles mais ces faussaires compulsifs étant sans limite, ils sont malheureusement pour nous un des principaux vecteurs du dérèglement moral en cours.

Ne pas dire haut et fort ce pouvoir de nuisance à bas bruit, que seul un absolutisme borné rend sans limite, est aujourd’hui impardonnable.

On dit généralement que comparaison n’est pas raison, pourtant ce qui semble excessif peut parfois révéler des invariants qui sans cela n’apparaîtraient pas. Faisons donc fi de cette recommandation et lançons nous dans la comparaison entre gauchisme et islamisme, tout en restant mesuré, le plus objectif possible et sans autre a priori qu’un ressenti persistant ces derniers temps. 

– Pour l’islamisme et le gauchisme, il y a d’abord le rêve d’une utopie morale, d’un idéal bienfaiteur pour la majorité des habitants de cette planète et coercitif pour la part qui la refuse.

– On a aussi un rigorisme littéral d’un côté et un dogmatisme littéraire de l’autre. En ce sens, ces deux fondamentalismes sont essentiellement des projections mentales qui se retrouvent dans une forme de messianisme qui dépasse tout pragmatisme et ancrage au réel. Très archaïque pour la référence à l’Islam originel et très anachronique pour le second depuis les échecs du collectivisme matérialisme. Et aujourd’hui caduque car avec ce qui va venir rapidement en terme de climat, nos préoccupations seront bien moins idéalistes et c’est la nature qui s’occupera de la radicalité.

– Ils sont tous les deux fondés sur des concepts de base faux par rapport à nos connaissances actuelles et notre ouverture au monde : monothéisme pur et idée rousseauiste de l’homme bon par nature.

– Il y a pour l’extrême gauche, la prétention à imposer un califat, une sorte d’oasis que le monde entier nous envierait et qui serait une référence pour celui-ci. Qui permettrait de l’emploi pour tous (en CDI de préférence), des services publics sans restriction, une prise en charge sociale au top, accueillante pour le plus grand nombre, de la dette à l’infini et des patrons et banquiers verrouillés et tenus en joue. Et ce, avec nos seuls bulletins de vote et sans effusion de sang. Et même, comme ils sont désormais obligés de le reconnaître, sans sortir radicalement du système basé sur l’offre et la demande qu’ils jugent pourtant désastreux. 

– On retrouve chez les deux la même soif de revanche face à le répétition des échecs et la même quête de justifications pour les masquer : oppression coloniale pour les uns et puissance libérale pour les autres.

– Également, référence à des entités mythologiques, « oumma » pour les uns et « peuple » pour les autres, que les échanges, la mondialisation et les différences de niveaux de vie ont définitivement fracturés.

– Catégories bien compartimentées pour les deux : croyants et infidèles pour les uns, bons pauvres et sales riches pour les autres.

–  Leurs ressemblances se retrouvent aussi dans leurs procédés manipulatoires. L’entrisme était jusqu’alors un concept appliqué aux seuls trotskistes mais on sait désormais que cette technique de manipulation et de dissimulation, appelée « Taqiya » en Islam, est aussi fondamentale dans le projet de califat mondial prôné par les frères musulmans entre autres.

La plupart des analystes pointillistes ne se risquent pas à ce genre amalgames qui pourrait leur valoir accusations ou risées. Quand on parle d’islamo-gauchisme, on s’en tient le plus souvent à expliquer ce rapprochement incestueux dans un seul but électoral mais peut-être qu’il y a une autre raison plus profonde qui l’explique. Une forme d’assise primordiale que l’on retrouve dans toutes les formes d’obsessions idéologiques ou religieuses pour le bien du plus grand nombre.

Quand on parle d’islamo-gauchisme, on s’en tient le plus souvent à expliquer ce rapprochement incestueux dans un seul but électoral mais peut-être qu’il y a une autre raison plus profonde qui l’explique. Une forme d’assise primordiale que l’on retrouve dans toutes les désirs de pureté qu’ils soient matérialistes ou religieux  pour le bien du plus grand nombre. La plupart des analystes pointillistes ne se risquent pas à ce genre amalgames qui pourrait leur valoir accusations ou risées. 

On voit aussi que leurs fréquentations et leurs références idéologiques, quoiqu’ils en disent, trahissent une détestation de la démocratie dont on sait aujourd’hui qu’elle ne peut malheureusement qu’être libérale sauf à faire un grand écart instable et détestable comme en Chine, dissenssion trop éloignée de notre culture de la liberté pour l’imaginer possible ici.

Si le rapprochement entre population arabe et gauchisme peut sembler récent, il n’en est rien. Il est un des péchés originels de l’extrême gauche depuis 68 ou a commencé à prendre corps la détestation d’Israël en tant que modèle libéral occupant et colonisant un nouveau prolétariat de remplacement au nôtre (celui d’ici ayant été sourd aux sirènes gauchistes) en la personne du peuple arabe dont on voyait dans le libéralisme et le colonialisme, les seuls responsables de son incapacité à évoluer économiquement et démocratiquement. Considérant la religion comme une « terra incognita » dans laquelle il ne fallait surtout pas se risquer à poser un orteil, ils ne pouvaient voir les soubassements plus profonds qui les régentaient.

Ces similitudes troublantes sont bien plus clairement confirmées par la nouvelle guerre au Moyen-Orient. J’ai été très étonné, en allant me faufiler dans les manifestations de soutien aux Palestiniens, de voir que la proximité des rigoristes musulmans ne semblait pas gêner les porteurs de drapeaux LFI, PC, SUD, FO… Comme lors des Gilets-jaunes, la plupart acceptaient les propos haineux sans la moindre considération pour celles et ceux d’Israël qui s’étaient fait massacrer la veille et certains d’entre eux m’ont tenu des propos qui m’ont laissé à penser que la cécité volontaire n’a rien à craindre des progrès de la médecine.

DE LA MANIPULATION

J’ai dit précédemment combien j’avais été étonné de voir réapparaître le RIC lors des rassemblements gilets jaunes, saison 2. Plus tard, j’ai vu les dignitaires de LFI et les intellectuels proches de cette mouvance aller dans les universités en grève enseigner les règles de l’insoumission opportuniste, et ce afin de renouveler le stock de chair à canon idéologique pour perpétuer l’espérance d’un hypothétique grand soir qui serait la porte assurée vers une béatitude laïque de toute éternité. Malheureusement, le grand soir qui vient risque d’être bien différent de celui prévu sur le papier ou dans les têtes. Et probablement bien plus funeste que toutes les erreurs d’appréciations du passé.

Il existe dans notre pays deux formes de manipulations politiques dont le but est identique mais les méthodes différentes et il semble que citoyens, politiques, médias et analystes n’en voient qu’une. La première est assez grossière et vient essentiellement de l’extrême droite sous la forme de fake news ou d’exagération des faits. La seconde est l’apanage de l’autre extrême. Elle utilise les moyens de la sémantique et est bien plus pernicieuse car elle se répand sans « crier gare » et, comme l’habillage est plus humaniste et séduisant que celui de l’autre extrémité, elle suscite plus d’indulgence dans une bonne partie de l’opinion et plus de mansuétude de la part d’un grand nombre de journalistes, intellectuels et analystes politiques. Habillage qui permet aussi au plus grand nombre de se « revirginiser » facilement en toute occasion.

Si leurs façons de faire sont différentes, comportement présentable pour le RN, « bruit et fureur » permanente pour l’autre extrême, les deux ont la même volonté de renverser la table et d’accéder au pouvoir suprême. L’un en est aux portes et l’autre lui apporte les dernières voix qui lui manquent.

À la différence de l’extrême droite, celle de gauche n’a que la manipulation pour gagner des voix car leurs propositions sont si irréalistes qu’elles n’attirent que les idéalistes éperdus. La preuve en est tous leurs échecs sur le terrain des luttes, hormis le référendum de 2005. Ils ont aussi tous les mots et les concepts pour le faire et c’est aussi une grande différence avec la droite extrême.

Leur stratégie première consiste à créer des « blocs monolithiques du mal » qui permettent d’édifier discours et théories et surtout proposer des coupables à la vindicte populaire qui sont renouvelés lorsqu’ils perdent de leur pouvoir de diabolisation. Ces mots comme capitalisme puis libéralisme et désormais ultralibéralisme, riches puis ultra-riches… font des discontinuités fictives mais efficaces pour qui veut manipuler. Un simple regard sur l’Histoire nous enseignement qu’il n’y a qu’évolution à l’intérieur d’un même système basé sur l’offre et la demande. Ce sont les Grecs qui ont inventé la banque et l’usure, l’industrialisation a commencé au Moyen Âge, le capitalisme est ce système plus l’industrialisation, devenu libéralisme par la mondialisation et je suppose qu’aux temps très anciens, le meilleur tailleur de silex devenait demander un supplément de viande en échange de ses productions. Cécité volontaire quand tu nous tiens. Et tout cela fait qu’un tableau de Picasso peut valoir cent euros comme des centaines de milliers.

Penser au contraire en termes de continuité, oblige à plus de complexité et au bout du compte à comprendre que les contradictions sociales sont aussi le résultat de nos propres contradictions et qu’au bout du compte nos choix sont très limités et que c’est le réel et le temps qui les déterminent. Et les solutions rêvées peuvent très vite se transformer en cauchemars comme notre histoire passée le révèle.

D’autres mots comme racisme, migrants, jeunes de banlieue… employés à toutes les sauces créent un monde parallèle fictionnel et de plus, assez dégradant et enfermant pour qui les reçoit. Quant au mot « peuple », c’est un cas d’exemple qui ne reflète absolument plus rien tant les disparités de salaires et de vie au travail sont énormes mais on l’accepte alors que ce soit de la foule dont on parle. Victor-Hugo disait « la foule est traître au peuple » mais les médias continuent à passer les plats qui font saliver la foule et lui faire croire qu’elle est un bloc homogène à haute valeur ajoutée.

Ces mots, dont on ne sait plus vraiment ce que chacun y met derrière et imposés à longueur de discours deviennent des totems intouchables sont acceptés tels quels. Ils sont le socle sur lequel ces « tigres de papier » commencent à bâtir leurs théories et engager leurs manipulations. Les accepter sans les clarifier, c’est comme dans la boxe, mettre un pied dans leur espace de déstabilisation et à la longue laisser leur bréviaire idéologique devenir norme de pensée. On dit que les Français(es) sont nul en économie, il ne faut pas en chercher ailleurs la cause et c’est un mauvais rôle de servir de passeur à celles et ceux qui les produisent.

Comme on peut le voir actuellement, ils savent très bien souffler le chaud et le froid, comportements démocratiques et antidémocratiques, propos médiatiques et antimédiatiques… Le fait que tous ces disciples en insoumission adoptent le même comportement est révélateur d’une stratégie élaborée. Et qui, comme les autres, a son origine dans le trotskisme d’antan qui, malgré les apparences reste l’alpha et l’oméga des principaux acteurs de la gauche extrême.

Comme dit précédemment, il y a également les chiffres à qui l’on fait dire ce que l’on veut qu’ils disent. On peut ainsi tout en s’assurant de leur pouvoir de vérité, biaiser la réalité en ne mettant en avant que ceux qui servent son propos et son idéologie. Ou en les tordant légèrement jusqu’à les faire entrer dans ses petites boîtes.

Il y a enfin l’indignation à outrance, prononcée avec emphase qui, tout en servant d’écran de fumée et de lifting pour celui qui s’y adonne, permet d' »enfoncer le clou » et de couper court à d’éventuelles remises en question. La gauche modérée est tout aussi friande de ce genre de pratiques. Elles lui permettent de s’exempter de son devoir de propositions cohérentes. 

Cette fabrique du mensonge, bien plus subtile que d’autres plus grossières et bien plus contestées car elles ont le désavantage d’être dans le camp du mal, devrait être dévoilée car elle est toute aussi toxique et a jusqu’à aujourd’hui bien plus de conséquences sur l’appauvrissement économique et l’inquiétude du déclassement.

Par tous ces aspects, l’extrême gauche, cet équipage d’enfants gâtés et gâteux, révolutionnaires inhabités, gavés de vie libérale et qui par trop de faiblesse a pratiquement perdu tous ses combats, qu’ils se soient déroulés chez nous ou ailleurs aura eu jusqu’à aujourd’hui un pouvoir de nuisance bien plus grand que celui de l’autre extrême. Tout cela pourrait n’être qu’une mascarade pathétique si leur soif de revanche n’était infinie et leur désir de renversement étant aussi peu vital et urgent pour eux, ils n’avaient tout le temps nécessaire pour manipuler, fanfaronner et fomenter tout ce qui peut exciter et nuire. Petits jeux pervers et compromissions délétères qui n’auront finalement rien apporté au bien commun, aujourd’hui comme hier et encore moins demain où leurs petites bûches déposées depuis soixante ans feront les chauds brasiers de demain qui viendront grossir ceux du climat.

DE LA GAUCHE

Autant l’espérance d’une alternative au capitalisme jusqu’à la « chute du Mur » et à l’échec du marxisme partout dans le monde était compréhensible, autant le messianisme épuisé qui l’a peu à peu remplacé n’est plus recevable.

Cette gauche de l’après 68, que je ne confonds pas avec la précédente, s’effondre sous nos yeux parce qu’elle s’est perdue dans l’incohérence, le sophisme et la surenchère de l’émotion et dans une foi trop déconnectée pour ne pas produire l’effet adverse. Peut-il en être autrement quand il ne s’agit plus que de se régénérer en toute occasion par la facilité du credo émotionnel et de la cécité volontaire ? Une grande partie de la population française, qui a décapité son roi tout en étant perdue sans la présence d’un état papa, se trouve par capillarité dans ce même rêve simplificateur.

Je reconnais l’apport du socialisme tant qu’il a été en accord avec son temps et avec lui-même et je lui sais gré d’avoir fait mon initiation politique et d’avoir fait progresser socialement notre pays commun même si la droite y a également participé. Malheureusement le «  », brandit comme un acte de foi par les fidèles qui y croient encore, n’est plus qu’un mantra usé. Pour les défroqués qui comme moi en voient trop la mauvaise foi et ses conséquences négatives – d’autant plus visibles lorsqu’on a pris ses distances – ça ne veut plus rien dire. De ce fait, je ne peux même plus me prétendre écologiste si j’en crois les gardiens du temple de la nature que sont nos Verts !

Ce qui fait la spécificité de notre gauche, c’est qu’elle est toujours ankylosées dans la gloriole révolutionnaire, geste radicale qu’elle singe indéfiniment tout en étant trop bien assise pour l’engager. Ce faux-semblant est la source de toutes les dérives.

Les médias et analystes, depuis l’élection de 2022, répètent à longueur de temps que le gouvernement penche de plus en plus à droite. Ils oublient cependant une chose : si la droite était allée se coucher devant son extrême, on dirait qu’il n’y a plus qu’une droite et que c’est le RN.

Après sa soumission à sont extrême, La Gauche que l’on disait « de gouvernement » s’est définitivement tirée une balle dans le pied. Il n’y a donc plus qu’une gauche et c’est celle de Mélenchon. Les rares qui ont refusé de faire allégeance ne sont plus que des individualités en déroute. Comment, dans ces conditions, peut-on penser qu’il soit encore possible de gouverner avec la Gauche quand de plus, on sait comment François Hollande a dû affronter ses propres petits démons intérieurs appelés frondeurs ? 

Les médias et analystes, depuis l’élection de 2022, répètent à longueur de temps que le gouvernement penche de plus en plus à droite. Ils oublient cependant une chose. Si la droite était allée se coucher devant son extrême, on dirait qu’il n’y a plus qu’une droite et que c’est le RN.

Il en est de même pour les Français et Françaises, dont je suis, que ces mêmes influenceurs médiatique pensent devenir droitiers par faiblesse et renoncement. La plupart des personnes que je rencontre ont abandonné la gauche car elles avaient comme moi trop honte d’en être mais si la première vague qui l’a rejeté est allée chercher plus radical du côté de l’extrême droite, ces nouveaux déserteurs n’ont pas pris refuge ailleurs. Restés apatrides, ils ont compris que, faute d’alternative sérieuse, tout ce qui se fera en bien ou en mal le sera avec le système en place. Ils font donc simplement et avec discernement de leur mieux avec ce qui est et avec ce qu’ils sont. En particulier pour empêcher qu’aucune de nos deux extrêmes n’arrive au pouvoir.

Je crois simplement que ce que l’on définit comme une conversion droitière soudaine et généralisée n’est rien d’autre qu’une lente maturation et le constat lucide du fait que nous devons désormais avancer sans béquilles inopérantes dans le dédale de nos contradictions.

DE LA DROITE

Je n’ai pas grand-chose à dire sur la droite car elle n’a jamais été ma famille et, n’ayant jamais été un de ses électeurs, je n’éprouve à son encontre ni regrets, ni amertume.

Malgré tout, je lui reconnais quelques qualités que la gauche a définitivement perdues. La première est de n’avoir jamais collaboré avec son extrême, rien d’officiel n’ayant été fait dans ce sens. Je lui reconnais aussi une forme de cohérence car elle n’a pas pour objectif ni de prétention de renverser la table et de ce fait, elle fait preuve de bien plus de pragmatisme et de réalisme.

Il y a, de toute façon depuis longtemps en France une droite modérée et surtout un centre profondément attachés aux valeurs humanistes et sociales en pensées et en actes. La seule différence avec la gauche est qu’ils ne sont pas guidés par de vieilles lunes idéologiques. Ils savent que, quoiqu’on pense de l’économie de marché, rien ne se fera en dehors d’elle et qu’avec ce qui vient, l’heure sera de moins en moins aux rêveries déconnectées. Des milliers de personnes, comme moi, se satisfont de l’humanisme, de l’éthique et du partage et considèrent les vieux clivages totalement inappropriés pour là où nous allons. Quant à l’illusionnisme dans lequel nous barbotons depuis cinquante ans, ses jours sont comptés comme on le voit avec l’effondrement des politiques qui l’on promut. 

Le seul clivage qui vaille encore n’est pas entre la droite et la gauche mais entre pragmatisme, humanisme et lucidité d’un côté, idéologisme et extrémisme de l’autre.

À L’ÉPREUVE DES BUTÉES

On peut tenir à distance l’économie au prétexte qu’elle ne suscite pas les rêveries, elle est pourtant un organisme aussi nécessaire à la vie que cet autre fait de chair et de sang. Et de ce fait, elle permet au rêve du dedans, à la poésie ou à l’amitié de s’épanouir. Par contre, elle impose des limites au « ni,ni-tout,tout » décrit plus haut.Je n’ai pas la prétention de faire un cours d’économie, ce ne sont là que des petites digressions qui parfois m’apparaissent comme des pierres d’angle que les analyses pointillistes souvent négligent car elles réduisent fortement le champ de la réflexion et de sa restitution par la parole ou l’écrit.

• Il y a eu la chute du mur et l’impossibilité du marxisme, puis le quasi-échec des espérances altermondialistes et l’incapacité générale de la gauche à produire, comme l’avait fait Marx en son temps, un vrai modèle alternatif de remplacement à l’économie de marché, absence qui a fait de celui-ci le modèle triomphant.

• Le libéralisme n’est pas un bloc monolithique séparé de l’évolution humaine. Au départ donc offre et demande et d’évolutions en évolutions… l’éternel retour du concret comme disait Lénine. Il n’y a donc pas rupture mais continuité et adaptation, ce qui est facile pour l’économie de marché qui n’a pas, comme le marxisme, de principes moraux.

• En vertu de cela, si nous considérons l’économie de marché comme un fleuve trop dangereux et trop immoral et que nous n’avons malheureusement pas d’autre voie navigable, nous n’avons que deux choix : soit faire des barrages à toutes occasions et se faire emporter la plupart du temps, soit s’entendre par le compromis pour en canaliser le cours et faire en sorte de le rendre moins impétueux.

• Il y a les libéraux purs et durs de conviction pour qui le libéralisme est la solution et le profit une finalité en soi et les libéraux de raison. La France ne peut pas être considérée comme un pays très libéral tant le social et la redistribution sont dans nos gènes même pour une partie de la droite.

• C’est malheureusement aussi l’idéologie issue de notre passé révolutionnaire qui entrave la redistribution et ne lui permet pas de se dérouler de façon pragmatique et rationnelle. Où quand l’égalitarisme acharné produit son contraire.

• Beaucoup de celles et ceux qui, comme moi, acceptent le libéralisme le font par défaut, par lucidité. Ceux-là essayent simplement de mettre en œuvre des cadres pour contenir tout ce qu’il y a de sauvage et brutal dans l’économie de marché tout en sachant qu’une trop grande coercition risquerait de l’amputer de ses principales qualités : la richesse nécessaire pour atténuer ses effets par la redistribution et la liberté individuelle de penser et de faire, expériences alternatives comprises. Ces « libéraux » s’y tiennent avec pour seul bagage leur humanisme et l’humilité de ceux qui se savent avancer à tâtons. Ceci n’empêchant nullement l’engagement et la détermination. Quant aux autres, ils balayent tout cela d’un revers de main grandiloquent, de postures et d’idéologisme vaseux alors qu’ils ne sont pas moins réformistes.

• Quand je rencontre dans la rue des « rebellocrates » type Insoumis ou des personnes qui s’en prennent avec emphase au libéralisme, je leur demande s’ils veulent renverser l’économie de marché. Tous jusqu’à maintenant m’ont répondu que non. Je leur dis alors que, si je comprends bien, ils veulent mettre à terre l’ennemi en conservant ce qui fait l’essence de sa doctrine, ce qui me semble assez contradictoire. La plupart du temps, je n’ai que silence en retour et ils se détournent de moi pour aller essayer d’en embastiller d’autres.

• Je sais très bien ce qu’ils ont en tête : le socialo-marxisme soporifique inventé en 68, surfant sur ses contradictions et qui depuis ses débuts ne produit que de la conflictualité pour rien. 

• Les vrais marxistes avec qui j’ai échangé (type Lutte Ouvrière) me disent eux que s’ils accèdent au pouvoir ce sera tanks à la frontière pour empêcher les capitaux de s’enfuir. C’est moins désirable mais plus cohérent et plus honnête intellectuellement. À une connaissance marxiste, j’ai un jour dit : « Entre la peste et le choléra, tu préfères le choléra et moi je préfère rester avec la peste. Question de liberté de circuler dans ma tête et avec mes pieds. Les deux sont recevables car cohérents et honnêtes intellectuellement. Tout le reste n’est qu’illusion et révolte factice. »

• Les Khmers Rouges, après leurs études à la Sorbonne sont repartis dans leur pays pour mettre en place un communisme nouveau, plus libertaire. Sur le papier, leur projet était parfait même s’ils avaient pris en compte qu’il y aurait quelques pertes humaines, nécessaires afin d’atteindre cet avenir radieux pour le peuple cambodgien. Il y eut 1,7 million de morts (21 % de la population), assassinés dans des conditions épouvantables et les survivants ne s’en sont toujours pas remis.

• Même si c’est un exemple extrême, il me semble dire sur le fond, à savoir que le marxisme ne peut être que coercitif car il en contient le germe. Lorsqu’une idéologie est basée sur la planification des systèmes de production, le groupe qui la met en place en arrive à définir tout ce qui est bon pour le peuple et donc ce qu’il est acceptable de faire, de dire et de ne pas dire avec l’interdiction de s’en prendre à tout ce qui pourrait contredire la mise en œuvre et la perpétuation de cet idéal indépassable. C’est un système moral et étrangement pour cela dangereux.

• Le libéralisme, lui n’est pas moral mais c’est peut-être finalement mieux car il autorise bien plus les choix dissidents tant qu’ils ne bloquent pas trop le flux incessant de production et la « machine à cash ». Il est aussi plus réactif et adaptable et autorise le prélèvement d’une part non négligeable de la richesse produite pour la redistribution. Sur le plan écologique, c’est une catastrophe mais comme ce n’est pas mieux avec le marxisme et comme de toute façon, le temps des espérances alternatives est fini car nous allons avoir des préoccupations bien plus prosaïques.

• D’une façon générale, quand on commence à supprimer tout ce qui n’est pas nécessaire, ça finit toujours mal. Pour cette même raison, les utopies programmatiques érigées en systèmes sont des dangers absolus, décroissance comprise. Refuser de voir la complexité du monde et ce que nous sommes pour préférer les approches simplistes, c’est ouvrir la porte au petit khmer rouge qui, en chacun de nous, sommeille.

• Quant à l’hypothétique « Plan B » dont beaucoup de monde rêve surtout depuis que la crise écologie devient chaque jour une réalité tangible, il n’y a que les rêveurs illusionnistes qui, avec la malhonnêteté intellectuelle qui les caractérise et l’arrogance qui va avec, en font une réalité objective.

• Si demain les réprouvés climatiques de l’ailleurs qui n’y sont vraiment pour rien viennent nous demander des comptes, le seul fait d’avoir un frigo, une télé, une voiture et d’être à la bonne température du matin au soir, nous mettra dans le camp des dominants. Relativité donc en toute chose.

De Pierre Michon – Vie de Joseph Roulin : « Il eut dit qu’il voulait simplement cela : que les hommes eussent un commerce sans méchanceté, sans la méchanceté qui fonde leur commerce, comme si Caïn était un conte pour enfants, comme si les dents n’étaient pas faites pour mordre ; que la valeur de l’argent ne fut pas seule visible ; que le pain en chaque point de la terre fût chaque jour rompu dans une eucharistie perpétuelle où tous étaient messie et tous apôtres ; où il n’y avait pas de Judas et que les derniers devinssent les premiers… » 

Ce que nous savons désormais de nos origines a mis à mal le mythe rousseauiste de l’homme bon par nature. La Shoah la définitivement enterré comme elle a mis à mal le mythe de la culture comme rempart au pire. La découverte du Goulag, de l’Holodomor en Ukraine puis des autres millions de morts sous Mao, les Khmers rouges… nous a fait comprendre que ce que l’on pensait être le Bien pouvait faire un mal absolu. La chute du Mur a emporté avec elle l’espérance d’une vraie solution de remplacement à la loi de la jungle du marché. Pour finir, la crise écologique va probablement achever les idéologies inopérantes d’antan et les croyances de toujours. Cet empliment de constats nous révèle que les faits et le réel sont têtus et ont toujours sapé les espérances trop grandes pour nous. Est-il alors encore nécessaire d’en créer de nouvelles qui ne nous serons pas plus utiles pour affronter ce sans répits qui ne saurait tarder ? Peut-être vaut-il mieux prendre les devants en nous en éloignant avec l’espoir de tenir plus vrais, plus lucides et plus modestes. Et donc, plus modérés.

Si nous sommes assez attentif, c’est je crois ce qui nous est révélé de manière irrécusable par l’Histoire en marche. 

DU SPECTACLE DE LA PENSÉE…

Dans les médias traditionnels (mainstream), des dizaines d’experts, analystes, universitaires…, tels ces livreurs qui sillonnent nos rues, viennent chaque jour livrer leurs connaissances et analyses patiemment élaborées durant la journée loin de l’urgence des confrontations et des responsabilités.

La plupart de celles et ceux qui occupent de nos jours l’espace médiatique, irréprochables sur le plan de la rigueur, ont passé une moitié de leur vie à apprendre à l’université et l’autre moitié à enseigner dans ces mêmes universités ou en qualité de chercheurs dans les institutions, ne se sont pas vraiment coltinés au réel dans ce qu’il a parfois de plus déconcertant et de plus tragique. Ils n’ont pas comme par le passé vécu ces tragédies et de plus semblent le plus souvent très peu impliqués dans la vie associative, politique…, et ont une vie sans trop de risque matériel. De ce fait, ils analysent petitement à l’aulne de ce qu’ils sont et de leurs plis de pensée en s’appuyant sur des grilles de lectures préétablies et des chiffres qui malgré leurs aspects rigoureux peuvent être adaptés et orientés? Avec l’arrivée de l’information en continu, ils sont obligés d’amalgamer en simplifiant et de s’en tenir à un certain conformisme grégaire qu’ils se repassent comme un plat.

La finalité de l’expression de ces savoirs pointillistes vise aussi très souvent à asseoir les carrières, à se rendre visible et à mettre en lumière les acquis par la parole et les livres dont on ne voit toujours pas les apports « mirifiques » dans le réel. Inutiles à transformer quoique ce soit, ils sont très vite remplacés.

Si leurs propos découlent d’une grande application pleine de rigueur, ils ne semblent pas avoir été suffisamment malaxés par le dehors. Il y manque souvent le sel des mots que font le vécu et la profondeur de l’expérience.

Bien que nous ne soyons pas en manque de têtes bien faites, nous avons pénurie d’authentiques penseurs, de ceux qui, dans un passé encore récent, s’étaient volontairement ou non frottés à la rugosité du monde et avaient arpenté assez d’espaces contradictoires pour ramener au sens, au discernement et argumenter en profondeur avec la conscience de ses propres contradictions.

Depuis la Covid et les chaînes en continu, c’est une folie de voir autant d’analystes, responsables d’officines dont on ne sait pas trop l’utilité réelle mais produisant thèse sur thèse s’échouant sur « les têtes de gondole » de librairie qui, après une journée passée généralement sans accroc devant leurs ordinateurs ou à lire et écouter la concurrence avec pour seul outil la logique de leur raison raisonnante, viennent délivrer le plus sérieusement du monde une réflexion ordonnée, toute en surplomb et critique de tant d’autres qui du matin au soir ont les mains dans le cambouis et sont dans l’intranquillité et l’urgence d’orientations contradictoires à prendre avec la crainte des conséquences de leurs décisions et des censeurs qui attendent le moindre faux pas.

Par la complexité du monde, les choix à faire d’un côté ainsi que le manque de vécu profond et souvent d’empathie de l’autre, cette confrontation entre observateurs surplombants et observés en responsabilité prend les allures de faille exponentielle et brouille complètement notre rapport au réel par la quantité d’opinions et leur nature trop raisonnante.

De plus, ces prédicateurs du passé et archéologues du futur présentent avec verticalité leurs connaissances à des particuliers qui écoutent de façon horizontale leurs propos. Même pertinents, ces propos se perdent très vite dans la grande mélasse d’autres mots servant à échanger des banalités de façon compulsive dans des espaces virtuels d’entre-soi.

Ce vertige de savoirs et l’incapacité à les structurer par celui qui les reçoit créent alors l’effet contraire à celui escompté : une peur de la complexité qui mène au repli vers de vieilles croyances d’avant ce déluge verbal ou à l’enfermement dans de pauvres certitudes rassurantes. Tout cela favorise les discours faussement intellectuels mais vraiment autocentrés ainsi que les petits accommodements permettant de naviguer au gré de son petit courant intérieur entre les rives du marxisme et du libéralisme.

Au bout du compte, tout se confond en un même horizon, tout est avalé et rien n’est suffisamment digéré pour être correctement assimilé et la croyance que tout vient du dehors sans la nécessité de malaxer au travers de sa réalité d’être augmente la défaillance.

Les chiffres, les statistiques, la nécessité d’échantillonner et d’amalgamer, de regarder l’humain à distance peut aussi créer des univers biaisés qui sont parfois amplifiés afin de conforter les certitudes. Un exemple qui m’a toujours questionné concerne le fait que les personnes étrangères sont plus contrôlées par la police et ce fait accrédité par l’analyse démontrerait le racisme au sein de cette institution. Si cette comptabilité est incontestable, la conclusion peut être relativisée car d’autres facteurs entrent en jeu comme le fait que la délinquance est plus forte dans le milieu où ces personnes sont contrôlées (pour des raisons économiques, culturelles et cultuelles) auquel s’ajoute le simple fait qu’elles occupent bien plus l’espace public de façon statique…

Une fois présenté dans l’espace médiatique, sans le temps nécessaire pour qu’elles soient suffisamment décortiquées, ces analyses deviennent des étendards pour celles et ceux qui les déplacent du côté qui leur convient et sont ramenées dans cet espace, enjolivées de convictions et appuyées d’effets de manches convaincants. La plupart des journalistes et analystes, pris dans le flux d’info, dans leurs propres plis de pensée ou pour se garder du bon côté, acceptent ces nouvelles formulations qui deviennent peu à peu évidence sans que personne ne se garde à les remettre en question.

Un trop grand entre-soi dû à une « consanguinité » intellectuelle, amicale ou familiale, un espace géographique commun (le poids en France du savoir pyramidal) favorise le développement d’une pensée commune et d’énoncés trop déconnectés des réalités pour bouleverser quoique ce soit.

De plus et particulièrement dans le domaine des sciences sociales, ces propos ont souvent des arrières plans idéologiques que chacun peut constater s’il n’est pas déjà pris dans la nasse. La plupart de ces intellectuels sont de la génération 68 ou se sont abreuvés des grands courants de pensée issue de cette époque et cela fait qu’ils sont le plus souvent porteurs des mêmes plis de pensée originels qu’ils diffusent comme des certitudes.

Le ressenti sans parti pris de celui qui est en immersion au quotidien peut parfois être plus proche de la réalité que l’analyse pointilliste de celui qui en est trop à distance physiquement et intellectuellement.

Le mental discursif devient peu à peu une énorme atrophie au détriment d’une raison ancrée par le corps et l’expérience. Cette rationalité extrême dont on croit qu’elle fait réalité là où elle ne fait que constat est un rêve rassurant déconnecté de notre réalité d’être, un sommet présomptueux de notre longue marche, pourtant si erratique. Plus que tout, cette pensée sans corps est indissociable du hors-sol initié par l’entre-deux soixante-huitard, capable de tout enjamber par le verbe et l’écrit. Cette submersion d’analyses raisonnantes ne permet pas la décantation créative car il y manque, comme ce fût le cas en d’autres époques, une parole directe, nerveuse, libre de contingences et tout aussi étayée pour sortir les récepteurs de l’engourdissement. 

Un autre constat qui me semble essentiel est que pour les animateurs de débats et les journalistes comme pour leurs invités, il est impératif de prolonger les débats à l’infini et pour cela, il faut que les premiers ne ramènent pas les seconds aux contradictions fondamentales et à ce mur du réel qui fait les butées indépassables.

Il ne s’agit donc pas tant d’essayer de faire émerger des vérités profondes que de faire en sorte que les débats se prolongent tel un flux de pensée à l’image du flux de marchandises du système libéral.

Le discernement ne dépend pas du niveau de culture ou d’intelligence mais plutôt de la quantité de voiles que nous avons devant les yeux. On peut être cultivé et avoir une approche de la réalité faussée. Et inversement. Constat qui nous oblige à relativiser l’assertion qui veut que le savoir et la culture soient l’alpha et l’oméga de l’esprit critique.

Il me semble que c’est le discernement qui est essentiel car la culture procède le plus souvent par accumulation alors que ce dernier demande désencombrement et abandon et décantation par le filtre de sa propre expérience. Il oblige aussi à se déplacer vers l’autre, à essayer de percevoir ce que lui perçoit et pourquoi sa perception est différente de la nôtre. Cet enrichissement par capillarité peut aussi amener à penser contre soi parfois. Si ce comportement est salutaire pour toucher au complexe, il demande aussi d’être assez armé intérieurement pour pouvoir revenir à ce point focal, qui est simplement là où notre expérience de vie nous a mené. Malheureusement rien de tout cela ne se produit sans travailler son intériorité, en évitant les confrontations profondes et en se gavant par la seule « cérébralité » de savoirs vite oubliés.

Ainsi, que ce soit médias « mainstream » ou médias alternatifs, c’est souvent la vérité qui est déconsidérée du fait d’intentions innavouées et d’intérêts partagés. Elle n’est plus qu’une variable d’ajustement aux convictions idéologiques, théologiques et pour beaucoup, à la nécessité de toujours se percevoir du bon côté. 

Nous sommes saturés d’informations qui nous submergent d’inconnaissance.

La montée de l’inquiétude écologique et la globalisation de l’information en temps réel avec son flux ininterrompu favorisent ce besoin, Les réseaux sociaux ont fait exploser la somme de connaissances non étayée échangée et avec les avancées technologiques permettant l’anonymat, toutes les manipulations sont désormais possibles. Depuis la parenthèse covid, un nombre incalculable d’experts autoproclamés viennent appuyer leurs thèses antinomiques avec parfois avec des arguments faussement scientifiques à des fins de manipulation mentales et financières.

Cette crise écologique nous confronte sans ménagement à la réalité des faits. C’en est un que depuis notre levée, tout le savoir accumulé n’a pas empêché cela qui est désormais et ce qui sera ajouté ne nous éloignera pas assez des profondes difficultés qui s’annoncent. Ou, cette fois encore, arrivera trop tard. C’est peut-être aussi ce constat qui favorise la méfiance puis la fuite vers des croyances parallèles et le désir d’enfermement dans des appartenances bien cloisonnées.

La France, n’y échappe pas. On aurait pu penser qu’avec notre passé de Lumières, nous progresserions moins vite vers ce puits sans fin de commérages mais il n’en est rien. On pourrait aussi se dire que nous avons assez de penseurs, de chercheurs et d’analystes pointillistes pour nous en protéger et nous ramener au réel, à la juste mesure et l’appréciation de la complexité mais les résultats semblent pourtant contredire cette thèse.

Sur le plan matériel et économique, on accuse à raison le flux continu de l’information et des objets, processus essentiel à la perpétuation du libéralisme mais qui, sans alternative sérieuse, ne va pas cesser, en oubliant de porter plus d’attention au fait que les dommages que ce flux fait en nous viennent aussi de ceux-là mêmes qui le critiquent tout en l’alimentant.

Par besoin de direction, d’espérance et d’appartenance exacerbées, la quête de croyances religieuses, idéologiques et ce jusqu’aux plus délirants credo a toujours existé, ici comme ailleurs. Néanmoins, on aurait pu penser qu’après plus de trois mille ans d’Histoire derrière nous, nous commencerions à y voir plus clair. On voit au contraire qu’il n’en est rien, la crédulité, noyée d’émotionnel, semble grimper de partout de façon exponentielle.

Cet effondrement du dedans va en s’amplifiant par vagues successives au risque d’être tout aussi tragique que celui du dehors qui avance vers nous. Les deux s’alimentant mutuellement, cela laisse à présager du pire et le plus alarmant est qu’il semble emporter indifféremment personnes éduquées comme sots malveillants. Preuve que la culture ne fait digue de rien quand s’y ajoutent des bornages, qu’ils soient idéologiques, universitaires ou d’appartenance. Qui peuvent faire bien pire quand ils se retrouvent réunis chez un même individu comme dans un groupe.

Ayant été une génération sans de trop grandes complications externes, nous avons pu ouvrir sans restriction les portes de l’interprétation subjective de la réalité, même la plus incontestable, pour toutes sortes d’intérêts personnels ou collectifs : grande manipulation idéologique ou petit conformisme purificateur. Nous avons pu faire ainsi car l’emboîtement des faits et des situations n’est pas venu nous demander des comptes. Ce temps est en train de finir et il faudra bien vite choisir son camp, celui de l’aveuglement grégaire ou celui de l’adaptation et de la résistance aux appels du plus grand nombre.

À LA DÉRIVE DES CONSCIENCES

Quelqu’un a dit : « Au début était le Verbe et à la fin, juste le mot. Le Verbe c’est essentiel, ce n’est pas moi qui l’ai dit. Auparavant, nous savions que les mots n’étaient pas le réel mais que sans les mots, pas de réel. Aujourd’hui, c’est l’exact contraire. La bascule se termine. Adieu les métaphores, les mots malaxés, notre autre pain quotidien. Plus rien entre les lignes, cet au-delà des mots par l’alchimie que tu en fais. Qui parfois vient jusqu’à ton cœur et bouleverse ton regard. Ces mots-là, c’est du tellurisme. À la place, des mots à sens unique, des mots carapaces, des mots « prêts à porter », à porter les derniers coups. Des mots pris au pied de la lettre et qui sautent sans indulgence à la gorge de celui qui les prononce. Au début était le Verbe et à la fin juste le strict nécessaire. Chacun son camp, son camp dans sa tête. Absolu totalitaire. On y va ? »

Je me rappelle qu’en 2006, Georges Frêche, ancien maire de Montpellier et président de Région, avait traité de « sous-hommes » des harkis qui manifestaient avec la droite (parce que d’après lui, ils s’étaient reniés alors que De Gaulle les avait abandonnés à la fin de la guerre d’Algérie). C’était profondément insultant mais quand on connaissait le personnage, on comprenait que dans le contexte et par le fait que ces propos étaient improvisés, il avait voulu dire : « Vous n’êtes pas des hommes », phrase plus communément prononcée et qui prête moins à scandale. Tous les médias se sont jetés sur ce mot de sous-homme et en ont fait une polémique, accusant Georges Frêche de racisme. 

Tous les médias se sont jetés sur ce mot de sous-homme et en ont fait une polémique, accusant Georges Frêche de racisme. Je travaillais alors dans un journal quotidien et je répétais aux journalistes que le sens de sa phrase était autre mais là comme ailleurs, le mot avait été dit et il n’y avait pas à contextualiser ou exercer son droit à percevoir.

C’est à partir de ce moment que j’ai discerné ce glissement sémantique malsain par lequel on n’essaie plus de comprendre en s’interrogeant sur les conditions dans lesquelles des personnalités publiques s’expriment (discours improvisé ou écrit, erreur de langage, réponse à une interpellation…). Cela a toujours été mais sans que cela soit comme aujourd’hui aussi exploité avec un conformisme grégaire. Ainsi, celles et ceux qui devraient aider au discernement par la réflexion s’éloignent de plus en plus de leur devoir. L’éthique que brandissent les responsables médiatiques quant à la vérification des sources devrait aussi s’appliquer à la compréhension des propos, à leur contextualisation.

Leur devoir est aussi d’aider à comprendre « entre les lignes » mais c’est le plus souvent le contraire qui est fait. On ne prend de ce que dit l’autre que ce qui sert son propre intérêt à débattre, à assurer sa position surplombante ou à redorer sa conscience. Quand on ne le réinterprète pas. Il me semble discerner plusieurs causes à cette évolution malsaine. Les plus évidentes sont

• La rapidité avec laquelle l’information circule qui ne laisse pas place à une analyse approfondie et la nécessité du buzz depuis l’apparition des chaînes d’info en continu. Elles, y sont obligées pour garder leur auditoire et les autres, par capillarité et calcul, s’en rapprochent. Le mot ou le propos sorti de son contexte sont peu à peu devenus un moyen assuré pour faire de la surenchère.

• Depuis les Gilets jaunes, les journalistes des médias officiels ont été souvent admonestés verbalement, parfois même pris à parti physiquement et accusés d’être par leur modération et leur éthique journalistique, des suppôts du pouvoir. Ils essaient donc de se réhabiliter en faisant peuple et corps avec la meute tout en évitant de sortir des sentiers battus et rebattus qui permettent de ne pas trop prendre de risque.

• On peut aussi citer l’affaissement généralisée d’une compréhension ancrée dans la réalité du dehors et du dedans au profit d’une pensée mise en commun (« la pensée mise en commun est une pensée commune » dixit Léo Ferré) qui fait que les mots sont « dépouillés » afin de pouvoir les contenir dans des petites boites qui conviennent et servent à chacun.

Tout cela fait que le temps de la compréhension de l’autre, de l’indulgence et du débat sans contrainte inquisitoriale semble derrière nous car les mots deviennent peu à peu des charges sans que personne n’ose les tempérer. Comme la quête incertaine de la réalité, sans cesse à consolider, semble de plus en plus une option secondaire par rapport à l’enfermement dans des croyances, des idéologies et des vérités relatives, les mots n’ont plus qu’une fonction aléatoire et primaire, minimum nécessaire pour conforter l’appartenance. Malheureusement, cette approche n’est pas réservée à la partie la plus émergente des adeptes de la post-vérité mais se retrouve disséminée partout dans l’espace collectif et médiatique le plus respectable.

TANT DE FAUX AIRS POUR TEMPS DE FAUSSAIRES

Il faudra dire un jour combien le gauchisme, cette pandémie transmise par des révolutionnaires de papier à des tourtereaux influenceurs, penseurs encenseurs, passeurs habiles bien assis dans leurs bureaux et leurs plis de pensée et petits suiveurs pour les bons points moraux à engranger, est devenu une tumeur maligne qui n’a cessé de se métastaser à chaque génération. Il aura été une calamité ubuesque et morbide (par le sang des autres convoité) pour nous tous et pour rien d’autre que le plus mauvais, l’aigreur de tant d’échecs poussant ces vieux « combattants » à un jusqu’au-boutisme effréné car le gauchisme et l’altermondialisme ont par leur faiblesse (a-t-on déjà vu un vrai soulèvement s’arrêter avec l’été ?), échoué en tout et partout. 

Ils ne pourraient être que de tristes et pathétiques diablotins si ce n’était certains moments comme ce 7 octobre 2023 là-bas qui dévoile leur vrai nature ici. Il ne leur reste qu’Israël qui, de leur point de vue simpliste, coche toutes les cases du Mal : libéral, colonial, puissant et riche. C’est d’ailleurs une monstrueuse falsification de l’Histoire que de voir ce conflit sous cet angle mais comme c’est leur dernier os à ronger, ils y mordent dedans avec une impressionnante jouissance.

Visiblement, avoir été les « idiots utiles » des pires autocrates de la planète ne leur a pas suffi car ils ont trouvé pire à suivre pour pouvoir répandre leurs obsessions malsaines jusqu’au bout. On ne connaît pas la date exacte de leur prochain (mé)fait d’armes mais il se situera probablement au printemps 2027 où ils se seront fait les porteurs de valises pleines des bulletins de vote qui manquait à celle qui n’en attendait pas tant.

Si le combat contre ces faussaires n’est pas encore une guerre, il serait tant que toute celles et ceux qui n’en pensent pas moins sortent du bois avant qu’il ne soit trop tard car on ne sait jamais où s’arrête ce type de dérèglement, surtout quand il gagne celles et ceux qui ont les moyens intellectuels et l’âge pour ne pas sombrer dans la déraison malsaine et haineuse. Sans oublier leurs petits suiveurs qui ont souvent un sourire d’ange et la certitude d’être dans le camp du Bien pour l’éternité. On sait où tout cela a déjà mené car un bien superficiel peut faire un mal profond.

Ce combat contre la manipulation concerne les réseaux sociaux et les puissances étrangères mais aussi des intellectuels falsificateurs, universitaires ou politiques qui, au crépuscule de leur dérisoire épopée, mettent les bouchées doubles pour embastiller le plus grand nombre dans leur vieille idéologie de papier que le réel a toujours effondré.

La gauche nouvelle, association totalement hétéroclite de « bienfaiteurs » maquillée en Front Populaire, malgré le front républicain, vient tout juste de gagner les élections mais de perdre ce qui lui restait d’éthique morale. En dehors du RN dont on n’a rien à attendre et qui pour d’autres raisons, reste infréquentable, la gauche française l’est désormais toute autant par le franchissement des lignes rouges dans tous les sens que l’on observe avec stupeur : soumission à son extrême en 2017 pour se sauver puis reniement pour enfin se rapprocher à nouveau de ses faussaires et manipulateurs, acceptation à ses côtés des pires infréquentables aux relents antisémites, appels quasi insurrectionnels, rapprochements antidémocratiques, petits arrangements minables et grandiloquence ridicule de ses acteurs, indispositions et fractures internes qui font incohérence absolue…

La gauche que l’on disait responsable et qui depuis toujours se prévalait d’être la gardienne de la vertu a gagné à la Pyrrhus car elle a dans le même temps sacrifié son éthique pour arriver à ses fins. Elle a joué avec le diable et nous en payons tous le prix. La droite ne l’a fait qu’à la marge avec le sien et le paye très cher. C’est tout à son honneur.

Le puits d’immoralité dans laquelle vient de tomber cette gauche que l’on disait de raison, à laquelle il faut ajouter les concepts fumeux des nouvelles idéologies néo-féministes, néo-raciales, néo-marxistes… n’est finalement que la conclusion en apothéose de cette inexorable dérive et les conséquences économiques catastrophiques qui vont suivre, un prolongement tout aussi funeste de cette comédie tragique et ubuesque.

Toute cette gesticulation stupide ressemble fort aux spasmes incohérents et incontrôlables d’un agonisant. Ou à ce qui, de l’autre côté de l’Atlantique, nous sidère avec ces mêmes adeptes, enkystés dans leurs croyances et de ce fait, prêts à toutes les absolutions. 

Par auto-amnistie et revirginisation en toute occasion, la gauche française est désormais plus proche d’une croyance millénariste et espérer un tant soit peu le faire entrevoir à un « je suis de gauche » serait du temps aussi perdu que si on devait expliquer à un Mormon, preuve a l’appui, que dieu n’existe pas.

Alors qu’elle a dû accepter la règle ennemie tout en masquant cette allégeance, les barrages déconnectés opérés par l’entremise des syndicats de l’extrême ou plus modérés mais dans le même déni ont considérablement appauvri économiquement notre pays et de ce fait, instillé la peur du déclassement tout en créant une détestable conflictualité pour rien de plus que des échecs

On peut penser que sans cette gauche-là et avec plus de pragmatisme et surtout de raison associés à l’humanisme qui nous habite, ce pays qui fût de Lumières aurait pû être le plus intensément vivable de ce vieux continent. Il n’est plus qu’un immense bourbier avec deux extrêmes aux portes du pouvoir. C’est un immense gâchis et le pire pour demain qui ne pourra être que sans précédent. Et non pour le meilleur.

Si cela peut sembler un parti pris obsessionnel de s’en prendre ainsi à la seule gauche française, ce n’est que parce qu’elle m’apparaît désormais comme l’épicentre de la bêtise et je pense que c’est malheureusement un constat objectif à la vue du spectacle ahurissant qu’elle nous inflige désormais. La malveillance accusatoire, l’esprit malsain de la revanche par tous les moyens, le retournement de la charge de l’accusation systématique, la perte de tout repère moral et la certitude d’être une voie de salut incontournable sont les symptômes de cette profonde dérive.

Ce n’est pas attentatoire aux individus que de dire ainsi car cette part de peuple n’est pas plus stupide que d’autres. C’est l’enfermement volontaire dans le refus de voir et l’inadaptation à ce que qui est qui fait une stratification idéologique étouffant toute intelligence et discernement.

Ce constat ne date pas d’aujourd’hui mais mon effarement n’a cessé de progresser face à tant d’arrogance et de certitude venant de personnes pétries des contradictions les plus fondamentales tout en ayant le nécessaire intellectuel pour les percevoir. Ce qui est aujourd’hui n’a plus grand-chose à voir avec la rationalité et n’est que l’aboutissement de cette longue dégringolade. Et c’est parce que ce facteur caché du si grand décrochage moral et économique de notre pays commun semble frappé d’intouchabilité, que je m’autorise à dire.

Tout comme le silence qui entoure cette impasse générationnelle et ses conséquences qui me semble bien trop assourdissant, il me semble nécessaire d’éviter les chuchotements inaudibles car il est temps de dire ces vices de forme et leurs conséquences afin de ne pas prolonger encore les mêmes erreurs qui font toujours les grandes catastrophes humaines.

Ce n’est pas attentatoire aux individus de dire ainsi car sa part de peuple n’est pas plus stupide que d’autres. C’est l’enfermement communautariste volontaire dans le refus de voir et l’inadaptation à ce que qui est qui fait une stratification idéologique étouffant toute intelligence et discernement.

Ce constat ne date pas d’aujourd’hui car mon effarement n’a cessé de progresser face à tant d’arrogance et de certitude venant de personnes pétries des contradictions les plus fondamentales tout en ayant le nécessaire intellectuel pour les percevoir. L’enfermement actuel dans un comportement qui n’a plus grand-chose à voir avec la rationalité me semble seulement l’aboutissement de cette longue dégringolade.

Et c’est parce que ce facteur caché du si grand décrochage moral et économique me semble frappée d’intouchabilité, que je m’autorise à dire.

Comme le silence qui entoure cette impasse générationnelle et ses conséquences me semble bien trop assourdissant, il m’a semblé nécessaire d’éviter les chuchotements inaudibles car il est temps de dire ces vices de forme et leurs conséquences afin de ne pas prolonger encore les erreurs qui font les grandes catastrophes humaines.

Plus particulièrement en France, de par l’exaltation 1789, cette escroquerie intellectuelle née de 68 a été le point de basculement de notre gauche, la fuite des ouvriers ayant été remplacée par les « ni,ni-tout,tout » festifs préfigurant les « bobos-gauchos » d’aujourd’hui. Cet aboutissement de la déraison me semble la cause actuelle de cette nouvelle exode massive, la seule différence avec la précédente est que ces réfractaires restent à distance de l’illusionnisme des extrêmes alors que la gauche dite modérée n’a pas hésité à se rapprocher de la sienne. Elle a au contraire consenti à ce que celle-ci aille chercher un nouveau vivier de voix dans la population essentiellement musulmane des « quartiers » quitte a ramener dans ces filets des personnes infréquentables comme on peut le voir quotidiennement. Qui fait que l’islamo-gauchisme n’est pas une vue de l’esprit. Cette gauche espère encore se sauver en acceptant des compromissions et des rapprochements indignes, elle n’est plus qu’une étoile morte à la lueur factice.

Cette escroquerie intellectuelle née de 68 me semble être le point de basculement de notre gauche française, la fuite des ouvriers ayant été remplacée par celle des « ni,ni-tout,tout » festifs préfigurant les « bobos-gauchos » d’aujourd’hui m’est devenue de plus en plus insupportable, m’a souvent rendu hargneux et de ce fait, je n’ai fait que rendre par les mots ce qu’elle a affecté en moi. Malgré cela, ce n’est pas tant pour accuser (surtout pas les adolescents d’aujourd’hui) mais pour chercher à comprendre et essayer de dégager ce qui doit être abandonné en espérant être au plus près de ma juste place pour espérer être à la bonne hauteur de ce qui vient.

Tout cela m’est devenu de plus en plus insupportable, m’a souvent rendu hargneux et de ce fait, je n’ai fait que rendre par les mots ce qu’elle a affecté en moi. Malgré cela, ce n’est pas tant pour accuser (surtout pas les adolescents d’aujourd’hui) mais pour chercher à comprendre et essayer de dégager ce qui doit être abandonné en espérant être à ma juste place et à la bonne hauteur de ce qui vient.

Alors que notre éthique se dérègle plus vite que le climat (gilets jaune saison 2, Covid, Israël…), c’est un spectacle révoltant d’assister à une telle décomposition car les valeurs morales et le discernement sont notre seul rempart face à l’inhumain contre lequel nul vaccin n’immunise et seront demain notre bien le plus précieux face à l’autre dérèglement par l’eau et le feu qui est déjà là. C’est ainsi que désormais, la politique ne peut plus être séparée de l’éthique. 

POUR EN FINIR

S’il est assez désagréable d’arriver à un âge très certain et de s’apercevoir qu’on a fait partie de cette majorité bruyante qui s’est trompée sur presque tout, le réel l’attestant chaque jour davantage, la lucidité face aux dérivatifs qui peuvent faire de funestes dérives est préférable.

Au bout du compte, malgré les avancées du début et l’envie souvent sincère de changer les choses, cet entre-deux inventé en 68 et perpétué de génération en génération aura été une impasse. Je pense sincèrement que la gauche qui en a été issue, extrême ou pas, par son refus du réel et de l’Histoire et tous les subterfuges, petits arrangements et simplifications à outrance qu’elle a mise en place pour ne pas voir et voiler, a durablement abîmé moralement ce pays et grandement participé - différemment mais tout autant que les réseaux sociaux – à l’abêtissement d’une grande part de la population. L’arrivée de ces populismes mortifères de droite comme de gauche et le mur climatique vont alors nous obliger à regarder en face le réel qui est notre grand maître et balaiera sans ménagement nos pauvres croyances d’où qu’elles viennent. Nous devrons alors choisir sans ambiguïté entre l’internationale des revanchards avec leurs dogmatismes épuisés ou la liberté de vivre et de penser jusqu’au bout quels qu’en soient le prix et le renoncement aux vieilles rêveries. Peut-être devrions nous prendre les devants avant d’y être obligé car cet autre pas plus accordé nous grandirait, quoi qu’il en soit de la tragédie annoncée ?

P.-S. : Je n’ai bien sûr pas l’assurance du vrai, je peux surinterpréter ou me tromper et de ce fait j’accepte bien volontiers les critiques argumentées qui sont toujours un enrichissement.