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D’un siècle à l’autre
Un même temps de faussaires et de spoliateurs de vérités
Ce texte est j’espère le dernier d’une série car écrire ainsi m’encombre. Il fait la synthèse des deux précédents tout en les complétant par les faits et les évolutions que l’Histoire en marche continue de déposer.
Si la thématique de ces trois écrits est une tentative d’introspection sur la génération à laquelle j’appartiens ainsi que sur l’idéologie et les croyances qu’elle a engendré, chacun d’eux approfondit et précise un moment de cette épopée.
Quoique argumentés par les recherches et l’approfondissement, ils n’ont rien d’universitaire et ne sont pas plus exercice littéraire. Ils sont le fruit de vécu, d’intuition, de ressenti profond et sincère, mis en perspective avec l’Histoire en marche, sans intentions cachées et arrière-pensées idéologiques.
Il est un problème que nombre de celles et ceux qui occupent l’espace médiatique n’ont, à la différence de leurs prédécesseurs, eut un parcours plus ou moins transversal et n’ont pas plus connu les rigueurs et les contradictions profondes suscitées par les moments paroxystique de l’Histoire. D’autre part, le flux incessant de l’information ne permet pas toujours ce genre de recul et d’approche ouverte dans le temps long. Sans oublier que les erreurs d’appréciations doivent être évitées par les professionnels et qu’ils ne sont pas préservés de plis de pensée liés à des parcours similaires.
De ce fait, ils me semblent que ce type d’analyse malaxée peut être complémentaire d’autres, analysés plus verticalement et en surplomb.De ce fait, ils me semblent que ce type d’analyse malaxée peut être complémentaire d’autres, analysés plus verticalement et en surplomb.
Le point de départ de ce travail a été le sentiment diffus que ce en quoi j’avais crû depuis mon adolescence se heurtait de plus en plus aux évolutions de l’Histoire et se délitait peu à peu en un système de croyance toujours plus éloignée du réel.
Je suis de la génération juste après celle qui a fait 68 et je suis gré à celle-ci de m’avoir apporté une grande et profonde ouverture tout comme d’avoir permis des évolutions incontestables sur le plan sociétal mais c’est son enkystement sur le plan politique ainsi que sa dérive « bigottière » sur celui de la vie même jusqu’à devenir norme de pensée accommodante qui a été difficile à suivre. Inconséquence et conséquences se dévoilant toujours plus par cette prise de distance grandissante.
D’étonnements en énervements puis de stupéfactions en sidération, la bascule a fini par se produire et lorsque j’ai été pris à partie avec suffisance par des connaissances en raison de mon engagement dans le camp de la modération pour l’élection présidentielle de 2017, j’ai décidé d’écrire pour me mettre en ordre par les mots et, sans avoir à supporter des débats pénibles et stériles, pouvoir répondre de façon argumentée aux sermonneurs qui n’ont pas manqué de suivre. J’y ai perdu quelques ami(e) s déstabilisé(e)s par ce positionnement et mes arguments, pourtant sincères et n’excluant en rien des erreurs d’appréciation.
Le pire a été atteint lorsque j’ai décliné l’invitation à manifester pour le peuple palestinien et reconnu me sentir plus proche d’Israël, non pas d’une manière radicale mais motivée par un questionnement profond, des heures de recherches historiques et à l’écoute de ce camp occulté par le narratif pro palestinien qui m’avait semblé le plus juste jusqu’à ce 7 octobre 2023..
S’il y a un peu de hargne dans ces propos, c’est parce je crois qu’une parole directe et énergique permet d’éviter le moralisme et le soporifique que le trop de pointillisme en surplomb engendre. C’est bien plus pour faire réagir que pour blesser.
Cette hargne peut sembler frustration personnelle mais c’est seulement le mal que me fait et nous fait si j’en crois d’autres (c’est aussi en pensant à eux que j’écris) le spectacle quotidien du délitement politique et moral qui nous est offert par celles et ceux en qui j’ai longtemps cru.
Y voyant plus clair après avoir fait ces pas de côté, j’estime désormais que ce en quoi j’ai cru, malgré les avancées positives du début, a depuis fait plus de mal que de bien à notre pays commun ainsi qu’à notre vivre ensemble. Le statut d’apatride et parfois de traître avec les pertes amicales que cela provoque n’est pas toujours agréable mais ce dévoilement m’importe que le prolongement de l’aveuglement.
Tout cela pourrait aussi s’apparenter à une petite entreprise complotiste de plus mais les faits passés que je cite sont documentés et confirmés par ce que l’Histoire vient déposer de plus en plus vite. D’autre part, la grande habitude de cette pensée accommodante et de la gauche dont elle est issue a toujours été de camoufler ce qui, venant de son camp, contredisait son rêve rédempteur, du chapelet d’horreurs du siècle dernier aux rapprochements, renoncements et petits arrangements, qui n’ont jamais cessé depuis et ont fait une pensée commune artificialisée transmise de génération en génération et adoptée sans retenue pour son effet incomparablement « botoxan ». Qui fait que, génération après génération, elle n’a eu aucun mal à être adoptée.
« Pour en finir… » est le premier de ces textes. J’ai commencé à l’écrire après le référendum de 2005 sur la constitution européenne car c’est au cours de cette campagne qu’a commencé à m’apparaître la distorsion entre l’avancée de l’Histoire et la grandiloquence de promoteurs d’un idéologisme surtout littéraire. Nombre d’impensables venant grossir ce sentiment de déroutement collectif. . Je n’ai cessé de le compléter au gré de ce que je considère comme des impensables venant grossir ce sentiment de déroutement collectif.
Je suis d’ailleurs étonné qu’une analyse plus poussée ne soit pas menée sur cette période qui après tant d’échecs a vu la dialectique antilibérale s’épanouir à nouveau. Ces « rebelles de papier » ont alors compris que leur capacité à embastiller par le verbe était bien plus efficace que les « Nuits Debout » dans l’espace public. Leur obsession revancharde suite à la soi-disant spoliation de leur victoire au référendum européen de 2005 me semble encore aujourd’hui le principal moteur de l’extrême gauche.
Le fait qu’il n’y ait pas plus de bilan raisonnable sur cette génération me semble tout aussi surprenant, d’autant plus qu’elle n’a jamais cessé de demander des comptes à tout le monde. Cette absence de critique circonstanciée fait les accusations plus radicales, orientées et brouillonnes. Je l’ai donc fait à ma façon.
« D’une rive à l’autre… » : c’est la boucherie du 7 octobre 2023 et surtout la réaction ici à cet innommable là-bas qui a provoqué son écriture. C’est aussi parce que dans les médias, il me semblait y avoir des « trous dans la raquette » de l’analyse avec les non-dits et les biais volontaires ou non mais toujours désagréables. Étant de la génération qui a mis en avant ce conflit, son retour débordant m’a semblé trop à charge pour être vraiment quête de vérité
Ce que j’ai peu à peu entrevu en soulevant le tapis de l’Histoire a rajouté une sidération à celle provoquée par l’horrible pogrom du Hamas jusqu’à réaliser la gigantesque imposture et manipulation qui fait la situation actuelle de ce côté-ci de la Méditerranée.
« D’un siècle à l’autre… » : c’est une nouvelle rencontre sur internet qui m’a obligé à jouer les prolongations. Il s’agit d’un ancien haut responsable du KGB, chargé de la déstabilisation dans les pays non marxistes qui, après avoir fui au Canada, a fait une série de conférences pour expliquer la méthodologie employée pour fracturer de l’intérieur ces sociétés idéologiquement concurrentes. C’est un récit glaçant mais qui montre combien tout ce qui avait été fait par eux depuis la guerre froide et qui m’a été une révélation quant à la dérive idéologique et intérieure d’une grande part de celles et ceux que j’ai côtoyé depuis mon éveil politique dans les années 70.
Si le texte précédent a été écrit tout au long de la guerre à Gaza et concernait davantage le voyage à distance dans l’histoire de ce conflit, cette suite imposée par cette nouvelle rencontre et de qui a suivi ici me semble révéler un futur très inquiétant par l’absence de recherche de la vérité au-delà de ce que l’on pense, de ses émotions, de ce que l’on voit et le refus de se déplacer hors de ses certitudes. Toutes choses qui font généralement les grands désastres. Les fils que j’ai tirés par tâtonnements empiriques se relient peu à peu jusqu’à faire une pelote qui me semble toujours plus inextricable.
Force est de constater que, du siècle précédent à celui-ci, c’est d’un même bord que viennent les plus grandes falsifications. Non pas qu’il n’y ait pas eu de coups très tordus de la part du camp d’en face mais le premier a commencé bien avant la Guerre froide, a eu une volonté déstabilisatrice quasi scientifique, est toujours d’actualité et a surtout bénéficié du sceau du bien.
Par cette accréditation, il n’a eu aucun mal à embarquer le plus grand nombre et a ouvrir la porte à toutes les falsifications en son nom. Nous avons assez de recul historique pour voir que ce bien absolu a toujours fait le pire depuis notre levée, Bien et Mal absolu cheminant côte à côte depuis toujours. Malgré cela, en ce temps de sourde angoisse il est redevenu valeur refuge éperdue qui se retrouve dans l’égalitarisme forcené, l’émotion surestimée, la repentance infinie et la possibilité d’enjamber en tous sens le réel et ses propres contradictions par une fausse rationalité sans ancrage. Cela qui semble atrophie cérébrale permet d’emboîter de force la réalité dans ses croyances vertueuses et ainsi de s’affranchir des butées indépassables avec une sorte d’apesanteur puérile dont le nouveau maître du Kremlin et tous les despotes de la planète se réjouissent. Pensée qui s’emboîte aussi très bien avec les avancées technologiques et leurs espérances prométhéennes.
Il m’a alors semblé que ce temps auquel nous sommes confrontés obligeait à débusquer ces dévoiements de vérité qui, autant que les processus technologiques, font la perte de vue en soi. Je l’ai fait sans pensée obscure ou parti pris idéologique, en essayant juste de suivre le fil d’ariane qui relie toutes ces embardées,. Si j’ai abandonné ce en quoi j’ai cru, ce n’est pas pour aller me réfugier ailleurs, la seule chose qui me guide, c’est mon aversion pour les manipulations et les faux-semblants d’où qu’ils viennent, ceux au nom du bien étant bien plus difficiles à débusquer.
Il me semble surtout que cette pensée simplificatrice et la surabondance d’un émotionnel orienté aux dépens de la raison et des évidences profondes sont tout aussi dangereuses pour là où nous allons que les perditions dans le nuage connecté. La déconnexion au réel qui fait esprit de meute sont l’exact contraire de ce dont nous aurions besoin pour nous préparer à ce sans répit qui inexorablement vient et il n’est pas besoin d’être grand visionnaire pour imaginer les ravages que ce dérèglement au dedans rajoutera à celui du dehors.
C’est, au bout du compte, ce sombre présage sur lequel celles et ceux qui en auraient la charge ne semblent pas devoir alerter qui est la principale motivation de ce travail d’écriture. Il m’apparaît désormais comme un journal de bord intérieur en prise avec le dehors et en miroir de la montée des manipulations à bas bruits, des compromissions, du cynisme, du simplisme « virginisateur » et des embardées émotionnelles rageuses… Cette longue décantation, souvent envahissante m’a permis d’y voir plus clair, d’être plus libre, d’agir en conséquence et de m’alléger pour approfondir. Ma seule prétention est que ces mots puissent être utiles à d’autres.
UN TÉMOIGNAGE ESSENTIEL
En 1984, Yuri Bezmenov, ancien haut gradé du KGB dont le rôle était d’organiser la subversion idéologique à l’extérieur de l’Union Soviétique, après s’être réfugié au Canada dans les années 70, a fait une série de conférences pour expliquer de façon très détaillée le processus élaboré pour organiser étape par étape la déstabilisation par l’intérieur des pays non marxistes.
Il décrit les cibles privilégiées à approcher (c’est à cette occasion qu’ils ont inventé le terme d’ »idiots utiles ») et pourquoi il était impératif de s’en débarrasser après utilisation. Cela n’est pas allé jusque-là chez nous, mais l’a été dans d’autres pays qu’il cite dans ses interventions. Si nous n’avons été épargnés par cette détermination totalement cynique, on comprend à l’écouter comment ce dispositif élaboré après Yalta, pleinement développé pendant la Guerre froide et continué après la Chute du mur a très bien fonctionné ici.
Cette entreprise me semble un rouage essentiel et éclairant de tout ce que nous avons vu apparaître chez nous depuis 80 ans et dont aujourd’hui a des airs d’aboutissement.
Voici un lien vers un entretien de Yuri Bezmenov
https://www.youtube.com/watch?v=uHxyII04iWM&list=PLdl8U7-iJJRrh7oj3LYszw97p7YLA1__K&index=5
Et un autre vers une conférence plus longue (les deux vidéos sont sous titrées en français) https://www.youtube.com/watch?v=xA2bAHFJ-kk&list=PLdl8U7-iJJRrh7oj3LYszw97p7YLA1__K&index=2
Vu le pedigree du nouveau maître du Kremlin, peut-on penser que ces dispositifs ont été abandonnés ou bien améliorées par les avancées technologiques ?
Depuis l’engagement de la France en faveur de l’Ukraine, la Russie nous livre une guerre de déstabilisation par des moyens très rudimentaires ou très sophistiqués. Rappelez-vous : il n’y a pas si longtemps la milice Wagner s’était dotée d’un impressionnant centre de commandement high-tech dédié à cette guerre informatique. Qui en parle encore alors qu’il paraîtrait impensable qu’il ait été démantelé après l’assassinat de son fondateur ?
Il est étrange que nous soyons si obnubilés par l’extrême présent pour ne pas voir combien cette campagne de désinformation et d’intoxication par retournement de l’accusation vient de très loin, alors que l’Histoire en marche a retourné la plupart des cartes et qu’internet facilite la recherche et la mise à jour de nos connaissances.
UNE DÉSTABILISATION IMPLACABLE
Dans ces vidéos, Yuri Besmenov décrit les étapes de la méthodologie employée pour déstabiliser sur le long terme et de l’intérieur les sociétés. Par le recrutement sur place d’éléments intellectuellement adéquats et idéologiquement réceptifs pour introduire les facteurs déstabilisateurs puis par l’élargissement naturel de cette contagion afin d’atteindre toutes les couches de la société et créer de plus en plus de conflictualité. Démoralisation, déstabilisation, crise profonde et perte de la rationalité sont les étapes de cette déstructuration. Et dans certains pays, élimination des premiers serviteurs de cette entreprise qui risqueraient de se révolter en constatant que le miracle promis ne l’est pas vraiment.
Sans jouer au découvreur de complots et même sans argument pour établir historiquement et chronologiquement cette manipulation, par définition secrète, à la simple vue de ce qui est aujourd’hui en Occident, on peut penser qu’elle a été grande et que la situation que nous vivons correspond aux objectifs à long terme présentés par cet espion dissident. D’autant plus en France où l’auto alimentation par l’irrationalité et les vieux idéaux rabâchés a amplifié sa progression de façon autonome.
Et quand on sait que le nouveau maître du Kremlin a été biberonné à la même source, on peut penser que ce procédé méthodique ne s’est pas arrêté avec la Chute du mur. Qui expliquerait aussi que nombre d’intellectuels se soient fourvoyés au-delà de toute raison et évidences et que le narratif anti libéral est devenu un lieu commun employé en toute occasion dans les médias sans être questionné au regard de l’Histoire en marche. Et sans que personne ne semble capable de dire ce que serait un système qui ne le serait pas tout en n’étant pas radicalement bureaucratique pour l’économie et dangereusement illibéral pour les consciences. On voit bien que celles et ceux qui s’en prennent au libéralisme (ou ultra quand ça ne suffit plus), par simplisme ou insinuation soporifique, naviguent dans un entre-deux vaseux dont l’origine se situe du côté de 68 (voir plus loin « Un entre-deux miraculeux »).
L’AUTRE IMPOSTURE
L’autre pratique développée par l’Union Soviétique est le retournement accusatoire et l’évolution du narratif autour d’Israël en étant un exemple parfait.
L’Union Soviétique a été aux côtés d’Israël à sa création car beaucoup de juifs venant de Russie étaient acquis aux thèses socialistes et représentaient l’extrême gauche de l’époque. L’organisation collectiviste en Israël au travers des kibboutz s’était faite en opposition au productivisme capitaliste et représentait une forme d’idéal de vie. Il y avait ainsi en Israël une partie des juifs qui, opposés à ce type d’organisation, s’employaient à développer un système basé sur une autosuffisance agricole.
Tout a changé avec la Guerre froide. En 1948, à la suite de la création d’Israël, les états arabes du pourtour l’ont aussitôt attaqué et le rapport des forces étant totalement disproportionnées, ces derniers auraient dû logiquement l’emporter, avec pour conséquence que ce nouvel état aurait été décimé à sa naissance. C’est l’énergie du désespoir et le soutien militaire américain qui ont renversé la donne. L’URSS a alors vu l’avantage qu’il y avait à faire de ce nouveau pays un « petit satan » libéral car le « grand satan » américain était bien plus puissant et impossible à combattre directement. De plus la « morphologie » religieuse basée sur l’illicite et le licite, très ancrée dans les populations arabes, était en accord avec une dialectique matérialiste opposant sans nuance le bien marxiste au mal capitaliste, les exploiteurs aux exploités… C’est dans ce contexte qu’ils commencèrent à initier les Palestiniens à leur approche et à soutenir financièrement et militairement leur résistance.
La génération qui a inventé l’altermondialisme s’est mise à être de plus en plus critique envers la démocratie car elle voyait bien qu’elle ne pouvait être que libérale. Ayant malheureusement échoué sur presque tout au plan politique (davantage du fait de leur propre faiblesse et de son « idéologisme » approximatif), cette guerre était une occasion inespérée de se refaire une santé et de déverser sa frustration d’autant que ce conflit coche toutes les cases binaires du bien et du mal. De plus, le narratif que l’Union Soviétique lui a servi était un « prêt à porter » parfait car il définissait précisément un camp génocidaire, colonialiste, libéral, spoliateur… Surtout riche et surarmé contre pauvre désarmé. Et par-dessus tout juif pour beaucoup d’autres, comme on peut le voir avec les thèses complotistes qui ont ressurgi après les Gilets jaunes et la Covid.
Pour ces tiers-mondistes, cette offre avait un tel effet « botoxant » qu’ils l’ont adopté les yeux fermés et à force d’enfermement dans cette croyance, la déconnexion cognitive a facilité la fuite en avant.
On peut aussi penser que le paroxysme de ressentiment récent vient aussi du dégoût d’avoir soutenu des personnes qui ont commis cette abomination du 7 octobre, ressentiment qu’il a fallu expurger par le retournement accusatoire.
Pour leurs successeurs, l’hallali sur les victimes dès le lendemain du 7 octobre est bien plus ambigu. Le romantisme révolutionnaire adolescent et l’angoisse écologique ne suffisent pas à l’expliquer. Il ne peut y avoir qu’une exacerbation démentielle venant d’un endoctrinement puissant pour expliquer un tel comportement.
Sur le plan médiatique, la récente guerre a aussi été un excès de connivence générationnelle, prolongeant le déséquilibre informationnel au-delà des évidences que le réel dépose (voir texte précédent « D’une rive à l’autre »).
Quant au rapprochement droite et gauche très extrêmes sur cette question, elle a été des premiers temps de la création d’Israël et n’a jamais vraiment cessé dans un balancement mauvais entre ici et ce là-bas, terreau d’un antisémitisme plus absolu encore.
Le problème est que si on revient à cette histoire sans a priori et que l’on s’attache point par point à l’énumération des griefs contre Israël, on s’aperçoit que beaucoup sont faux et que ce sont ceux-là qui sont volontairement mis en avant. Sans nier des coups tordus perpétrés par ce camp qui n’ont toutefois pas bénéficié de la même mansuétude.
Cette falsification s’est prolongée sans retenue tout au long de la récente guerre à Gaza. Si là aussi et malgré l’horreur, on essaye aussi de comprendre sans a priori, on s’aperçoit qu’Israël ne pouvait pas vraiment faire autrement que ce qu’elle a fait. Détruire les tunnels sans toucher aux habitations était impossible, faire moins de morts alors que le but du Hamas pour soulever l’opinion était qu’il y en ait le plus possible dans sa population, ne pas interdire l’accès aux journalistes, non pas pour cacher mais pour les protéger du fait que cette guerre était un cas absolument unique (en zone surpeuplée, essentiellement urbaine et avec un ennemi qui valorise la mort plus que la vie, surarmé et préparé pour ce type de guerre), ne pas simplement se poser la question de l’absence d’abri pour les civils palestiniens (comme c’est le cas pour tous les habitants d’Israël, en Ukraine…), et ne pas vouloir voir que sans le dôme de fer, le territoire israélien aurait été en grande partie détruit du fait des centaines de roquettes envoyées par le Hamas, le Hesbolha et consorts depuis des années… Être sur le terrain et voir des horreurs n’empêche pas d’avoir une vue biaisée par ses certitudes.
Cette entreprise déstabilisatrice est depuis près d’un siècle immensément maléfique pour tous et tragique pour celles et ceux qui l’acceptent afin de se détourner de leurs propres contradictions ou frustrations et plus particulièrement ici, pour s’embellir intérieurement. Elle est aussi une opportunité sans cesse adaptée et renouvelée pour les manipulateurs de tous horizons car lorsqu’on traite les génocidés de génocidaires et que ça prend, on réalise que l’on peut tout retourner et le déchaînement régressif d’irrationalité haineuse que l’on voit se dérouler sous nos yeux est la continuation de cette « radio mille collines » à bas bruit dont la petite musique mensongère traverse sans fin les générations et les cultures. Et comme, avec la crise climatique, on aura de plus en plus besoin de boucs émissaires, on peut penser que cette stratégie accusatoire a de l’avenir sans la nécessité d’interventions extérieures.
C’est ainsi que démarra et se prolongea ce qui m’apparaît comme l’aboutissement de la plus grande entreprise de manipulation et de déstructuration de l’après seconde guerre mondiale, avec des répercussions sans fin des deux côtés de la Méditerranée. Le déchaînement régressif d’irrationalité haineuse que l’on a vu se dérouler sous nos yeux alors qu’une boucherie innommable venait à peine de se terminer semble l’aboutissement de cette entreprise et ce pire n’est pas près de s’arrêter car il concerne un ennemi prédestiné, de tout temps et de tous bords : le juif. Une réaction aussi paroxystique de ressentiments haineux, dans la rue, les universités est la preuve de cette haine profonde qui relie tous les extrêmes. De ce fait, ce débordement irrationnel fait que l’antisionisme ne peut plus être désormais aussi séparé de l’antisémitisme.
AU DÉBUT DU DÉTOURNEMENT
Les premiers à avoir été retournés ici furent les staliniens communistes. Dans les années soixante, ce revirement s’est étendu à l’extrême gauche trotskiste qui, tout en s’opposant aux staliniens, n’en était pas moins marxiste. Elle avait tout d’abord été plus encore sensible à l’idéal sioniste des kibboutz communautaires, nombre d’intellectuels juifs étaient appréciés et les mouvements de gauche et d’extrême gauche bénéficiaient de leur connaissance du marxisme acquise en Russie. De plus, c’était une façon de prendre le contre-pied de l’hostilité catholique envers les juifs, encore très présente à cette époque.
Les choses ont alors changé rapidement à la suite de la propagande russe et de son prêt à penser offert aux organisations palestiniennes. Pierre Goldman explique comment lui et ses amis juifs gauchistes avaient senti le vent tourner et à « percevoir comment l’antisémitisme suintait en sourdine du discours pro palestinien » (Libération du 31 octobre 1978). Yuri Bezmenov explique aussi comment il avait été surpris par ce revirement soudain de la part de la direction au Kremlin.
L’autre avantage pour nos gauchistes était que cette proposition matérialiste permettait de mettre de côté la dimension religieuse de ce conflit, leur hostilité aux religions leur interdisant d’entrer dans cette contrée maléfique.
De plus cette approche marxisante « exploiteurs-exploités » qui ravissait les tenants du matérialisme socialiste permettait aux Arabes et aux mouvements de libération palestiniens de cacher le caractère religieux et fondamentaliste de leur projet qui veut qu’il soit inconcevable qu’une terre conquise et consacrée (1).
Si donc les juifs, de génocidés devenaient des génocidaires, la justification de la création d’Israël à cause de la Shoah devenait caduque.
Dans les années 60, des intellectuels comme Michel Foucault ont repris cette accusation de génocide israélien et depuis elle n’a cessé de s’étendre, notamment dans les universités. C’est d’ailleurs nos universitaires, très prisés pour enseigner aux USA, qui l’ont transmise aux campus anglo-saxons.
Après 68, la gauche anticapitaliste et anti-impérialiste ayant de plus en plus de mal à prendre pour référence la doctrine soviétique puis maoïste suite aux révélations sur le Goulag et les famines, tourna son regard vers le Moyen-Orient. C’est ainsi qu’elle fit de la cause palestinienne la grande cause émancipatrice idéalisée sans se soucier des relents antisémites qui en émanaient depuis qu’Hitler avait réalisé la convergence antisémite avec notamment l’Égypte et l’Iran et l’allégeance du grand mufti de Jérusalem à ce dernier. Grand admirateur de la radicalité exterminatrice d’Hitler envers les juifs et souhaitait la voir reproduite au Moyen-Orient il a été hébergé en Allemagne pendant toute la guerre et, la fin de celle-ci, recherché par les Anglais, il a du son salut à la France qui l’a exfiltré au Liban.
Parallèlement, des milices arabes pro-nazis avaient été créées, en Syrie et ailleurs et si Rommel avait réussi à atteindre la Palestine, berceau du judaîsme, le projet était d’effacer les preuves de son existence et d’exterminer les juifs déjà présents sur cette terre avec l’aide des Palestiniens arabes. Une unité mobile basée en Grèce et chargée de l’extermination du demi-million de juifs déjà réfugiés en Palestine était prête à intervenir.
Ce rapprochement s’est prolongé bien après la guerre comme il est précisé plus loin et celui entre ultra-droite, extrême gauche, islamistes et pro-palestiniens n’a pas cessé. Il se fait désormais au grand jour dans nos rues ou dans la proximité langagière entre cercles activistes.
Ce rapprochement s’est prolongé bien après la guerre comme il est précisé plus loin et celui entre ultra-droite, extrême gauche, islamistes et pro-palestiniens n’a pas cessé. Il se fait désormais au grand jour dans nos rues ou dans la proximité langagière entre cercles activistes.
Suite logique de l’esprit 68, l’altermondialisme, version soft et plus « grand public » de l’idéal révolutionnaire prit le relais.
En 1984, alors que l’Union Soviétique est à l’agonie, Novotsi, un organe russe de propagande se faisant passer pour une agence de presse publie un pamphlet à destination de l’étranger intitulé « les sionistes profitent de la terreur » ou les mots « racisme », « colonialisme » sont employés environ 300 fois en y ajoutant « génocide israélien » et « solution finale à la question palestinienne ». Cette inversion de l’holocauste est la même rhétorique soviétique relancée après la « guerre des six jours » en 1967.
Pierre-André Taguieff (2) décrit très bien ce principe de renversement des valeurs : « Pour les « guérilleros » d’extrême gauche… les nations occidentales qu’ils accusent d’être « dominantes » et « néocolonialistes » ne sauraient être vraiment démocratiques. Ce qui laisse entendre qu’il y a dans le « Sud global » des sociétés prétendument illibérales, autoritaires ou néototalitaires, que nombre de ces prétendues autocraties ou dictatures sont aussi légitimes que respectables… » et concernant la mutation de l’antisionisme en antisémitisme : « Au cours des deux dernières décennies, l’antisionisme conspirationniste s’est banalisé sur les réseaux sociaux. Mais la nouveauté est que des universitaires de gauche et des militants des droits de l’Homme n’hésitent plus désormais à diffuser des messages accusant les sionistes ou les Israéliens d’être les maîtres du monde ou de diriger l’Amérique. » Il cite un juriste belge avocat de la Ligue des Droits Humains (LDH) qui a posté ce message sur Facebook : « les vrais maîtres du monde, ce sont les Israéliens. Trump n’est (comme ces prédécesseurs) que leur marionnette armée. Ce sont eux qui tirent. » Sur la présentation de son livret en dos de couverture Pierre-André Taguieff synthétise très bien cette dérive : « Pour l’extrême gauche occidentale, la « cause palestinienne » joue le rôle d’une nouvelle « cause du peuple » tandis que les « sionistes » sont diabolisés comme les nouveaux « nazis ». Mais la vision islamiste apocalyptique du « combat final » contre les Juifs, censés incarner l’ennemi absolu, voire le Mal, confère une dimension sacrale à la lutte contre « Israël » et le sionisme mondial. La lutte contre les Juifs devient la voie de la rédemption. C’est pourquoi les convergences entre les gauches radicales et l’islamisme mondialisé sont si inquiétantes. »
Même si ce travail souterrain de falsification et de déstabilisation n’a pas été chez nous aussi meurtrier qu’ailleurs, il a suffisamment été bien accueilli pour intoxiquer les esprits de celles et ceux qui par idéologie ou facilité ont accepté cette « dialectique » perverse.
De plus, la grille de lecture simpliste permettant de s’accommoder de tout et d’accuser en se dispensant de toute proposition rationnelle et intellectuellement honnête, fut si gratifiante pour soi qu’elle a reçu la bénédiction du plus grand nombre et ne tarda pas à devenir pensée commune puis façon de penser normative transmise de génération en génération. Une approche totalement faussée de la réalité faite de renversements accusatoires pour conforter ses croyances, de mises à l’index agressives pour s’absoudre, d’idéalisme et d’idolâtrie simplistes pour se rêver bon samaritain
Il faut aussi dire que côté américain, les coups tordus n’ont pas manqué pendant toute la période de la Guerre froide, en Amérique du Sud ou ailleurs mais d’une part, cette guerre larvée était sans limite des deux côtés mais ce qui est étrange, c’est que les terribles épisodes des entreprises déstabilisatrices du « grand satan » américain sont largement commentées alors que celles commises par l’empire soviétique apparaissent toujours voilées. On a ainsi tendance à ne pas voir ce travail de déstabilisation engagé au Moyen-Orient ainsi que les implications premières de l’Union Soviétique auprès du Vietcong (communisme vietnamien) qui a commencé à envahir le Vietnam du Sud, pour l’Afghanistan tout d’abord envahie par l’Union Soviétique… Comme on a tendance à oublier que dans les années 40, c’est Hitler qui a rompu le pacte germano-soviétique et que les communistes français ont été bien plus « collabos » avant que Staline ne leur demande de résister aux nazis après qu’ils aient rompu le pacte. Le retournement accusatoire permettant de diaboliser le camp d’en face a là aussi fonctionné à plein régime avec l’aide de toute la gauche internationale.
Le marxisme, la pensée de gauche et plus encore celle de l’après 68, se sont construits comme l’islam sur un rêve de pureté. Pour les premiers, c’est un idéal de pureté sociale qui s’est diffusée pour devenir religiosité égalitariste avec une violence accusatoire accentuée chez nous par la croyance à un renversement possible. L’Islam s’est lui présenté dès son origine comme un monothéisme absolu venant par sa pureté coiffer les deux précédents et cette supériorité a été inculquée depuis le plus jeune âge. De fait, cette approche doctrinale, à laquelle les adeptes des deux rives s’accrochent désespérément envers et contre tous les échecs accumulés, a ici aussi des allures de « mystique millénariste » d’autant que la certitude d’être du côté du Bien les autorise à s’absoudre de tout.
Pour les vieux soixhantuitardés, c’est encore autre chose. Ayant sur le plan politique échoué tout au long de leur carrière de rebellocrates à changer quoique ce soit et à définir, comme l’avait fait Marx en son temps, une proposition alternative cohérente qui serait en opposition avec ce qui fait l’essence de ce que l’on veut combattre (la loi du marché), ils arrivent en fin de course, plein d’amertume envers les responsables de ce naufrage qui n’est pas tant l’ennemi d’en face que plus simplement eux-mêmes, leur paresse intellectuelle et leurs petits accommodements festifs. Et plutôt que de le reconnaître afin de finir moins alourdis comme l’ont fait tant d’autres qui ont très vite compris l’impasse ontologique de tout ce fatras, ils s’acharnent avec une obstination de bousier à tenter le tout pour le tout avant le départ pour l’Ephad.
Voilà comment ce détournement de réalité avec retournement accusatoire au profit de ses convictions, transmis de génération en génération, des staliniens aux trotskistes puis à partir de 68 aux tiers-mondistes et anti-capitalistes, pour finir par être ingurgitée par les décolonialistes wokistes avec l’aide de nombre d’intellectuels de l’ancien temps et leurs petits suiveurs, n’a cessé de produire ses fruits toxiques depuis plus de 70 ans. Elle est aussi devenue habillage simpliste de confort et norme de pensée rassurante permettant tous les accomodements avec la réalité et la vérité.
Le maître du Kremlin n’a désormais qu’à souffler sur les braises pour continuer à attiser le feu. C’est ce qu’il a fait avec les mains rouges, les étoiles bleues pour la population ou de manière bien plus sophistiquée pour fragiliser l’état avec les cyberattaques, les fausses informations et fausses images. La situation exécrable et paroxystique que nous vivons aujourd’hui, de la conflictualité à la perdition intérieure doit autant à l’Union Soviétique et à la Russie qu’aux réseaux sociaux.
Cette mascarade est malheureusement tragique pour tout le monde quand on sait que la crise climatique qui vient exigerait au contraire bienveillance, lucidité et pragmatisme.
IL SUFFISAIT D’Y PENSER
En 68, a été inventé ce que j’ai appelé le « Ni,ni-Tout,tout » (ni capitalisme, ni marxisme mais de l’un à l’autre au gré de mes envies de pureté sociale ou de petits plaisirs personnels et de liberté). « Comment faire la révolution sans la faire, tout en faisant semblant de la faire, sans oublier, à l’approche des beaux jours de profiter des bienfaits offerts par l’ennemi » a été l’autre nouveauté conceptuelle de cette époque. Cet entre-deux m’apparaît aujourd’hui comme l’autre pierre d’angle de la grande dérive.
J’étais de la génération suivante mais comme mes prédécesseurs, j’ai longtemps cru à ces espérances accommodantes sauf que le réel ne se laisse pas tordre facilement et très vite m’est apparu l’impossibilité de ce grand écart entre ces deux façons d’appréhender la gestion du dehors : planification pyramidale imposée ou liberté d’agir et d’entreprendre. La prétention à vouloir « renverser la table » en conservant la loi fondamentale de l’ennemi, à savoir l’économie de marché m’a tout aussi semblé douteuse.
Devant ces butées indépassables que l’Histoire en marche n’en finissait pas d’attester, une réflexion raisonnée obligeait à bien plus de modération et sans renier les apports nécessaires de la révolte première, seule une voie médiane et pragmatique me semblait incontournable.
Plutôt que de le reconnaître, une majorité a refusé l’évidence et a préféré s’affranchir du principe de réalité et du dévoilement de l’Histoire. Ce narratif basé sur un mensonge rédempteur avec son prêt à porter simplificateur devint progressivement une panoplie idéale pour s’alléger de ses contradictions et s’autoriser à bâtir à l’infini de mirifiques châteaux de sable que le réel n’a jamais cessé d’effondrer. Et c’est ainsi que la raison raisonnante prit peu à peu le dessus sur la confrontation au réel.
Cette parenthèse enchantée nous a autorisé à croire que toutes les mythologies accumulées depuis des siècles s’étaient incarnées dans notre génération et qu’affranchis de toute attraction, le réel n’avait qu’à bien se tenir face la toute-puissance de notre mental retranscrit en théories pointillistes, débats discursifs, dépassements en tout genre, programmes et édits vertueux. Cette capacité générationnelle à s’arranger de tout pour se virginiser a ainsi été un terreau fertile pour les entreprises déstabilisatrices. On voit désormais combien cette puérilité charmante, menée du bout du nez par nombre de mal intentionnés, a pu faire de dégâts dans les consciences comme dans notre vivre ensemble. Il est d’ailleurs significatif que cette génération au sens large (c’est plus les plis de pensée qui la caractérise que leurs origines dans le temps) si prompte à sermonner et à demander des repentances ait été si indulgente envers ses propres déficits.
Celle et ceux de cette époque se sont approprié sans retenue la trousse à outil narrative proposée par l’Union Soviétique, déjà bien implantée par la génération précédente, car elle s’emboîtait idéalement avec leur rêve émancipateur : falsification, retournement accusatoire, dissimulation…, tout cela permettant d’avoir un axe du mal et par effet miroir, un du bien clairement défini et d’enjamber allègrement les contraintes doctrinales. Tout devenait ainsi nouveau, présentable et adaptable.
C’est dans ce contexte que la gauche « festive » (3) est apparue. Cette gauche-là n’a pas eu trop de mal à s’accommoder des avantages proposés par l’ennemi libéral qui était en pleine émergence. Malgré les avancées sociétales incontestables (même si elles ne sont pas toutes l’apanage de la gauche) dues à la révolte première, elle est très vite passée de la révolution permanente à la rigueur persistante lorsqu’elle a accédé au pouvoir puis a dû se résoudre à passer sous les « fourches caudines » de l’économie de marché après la Chute du mur.
C’est dans ce refus de le reconnaître vraiment comme cela a été fait ailleurs et d’agir en conséquence qu’est sa faute originelle et c’est ainsi qu’elle a commencé à se perdre. Le monde ouvrier a très vite vu l’impasse et l’a abandonné sans que cela la fasse douter. Elle a simplement continué à chercher des parades pour faire omerta, faire diversion à coups d’effets de manches grandiloquents et plus il lui était difficile d’écoper, plus elle s’est drapée dans des principes moraux pour cacher le naufrage. En allant jusqu’à s’approprier l’humanisme qui est notre patrimoine commun pour en faire une guimauve émotionnelle. Et pour les plus effrénés, de la radicalité de pureté et l’égalitarisme absolutiste jusqu’à une détestation de notre identité assimilée au libéralisme honni.
Cette approche n’a cessé de se transmettre, si bien qu’aujourd’hui nous avons d’un côté la Russie qui a repris ses activités déstabilisatrices et de l’autre cette bigoterie liquide et surannée dans laquelle un trop grand nombre barbote encore comme des canards sans tête, sans ancrage au réel et ravis de leur embastillement ; les uns pour prolonger leurs simulacres révolutionnaires, les autres pour rien de plus que de pavoiser dans les « dîners en ville ».
D’un siècle à l’autre, cette trousse de maquillage permit à un grand nombre de se fabriquer une réalité en adéquation avec son idéologie ou ses rêveries, cause d’une sortie progressive de ce réel que la tectonique de l’Histoire nous impose. Jusqu’à faire par transmission, un nombre toujours plus grand d’enfants rois du présent par leur seul mental. L’âge ne semblant rien faire à l’affaire, pas plus que la réalité écologique qui, lentement mais sûrement effondre nos pauvres croyances.
Même cause et mêmes effets dans l’espace médiatique où la première marche des questions fondamentales est allègrement sautée par ces « sachants » afin de pouvoir s’ébattre sans limite en débats pointillistes et bâtir de mirifiques demeures conceptuelles qui permettent l’autre flux sans fin de consommation de la parole. C’est un problème qui nous perd et c’est pour cette raison qu’il faut toujours revenir aux fondations, qu’avec condescendance les premiers jugent trop simplistes alors qu’elles révèlent les butées ontologiques que le mur du réel et l’Histoire en marche dressent entre nous et nos mythologies d’où qu’elles viennent. Cette approche en apesanteur avec le bavardage incessant fait notre perdition.
Face à cette débauche de faux-semblants, il faudrait une sorte de psychanalyse politique et médiatique pour faire émerger tout le simplisme camouflé par le verbiage suffisant et inopérant. Il est aussi regrettable que si peu, qui ont la visibilité médiatique et les outils intellectuels pour le faire, ne se soient attelés à en faire un bilan salutaire, sans excès et sans orientations dissimulées de cette dérive générationnelle alors qu’il y a désormais assez de recul et d’Histoire passée pour le faire, ne serait-ce que pour ne pas le laisser à celles et ceux qui s’en emparent de façon brouillonne, excessive et orientée. Au-delà de la connivence et du fait que ce « hors-sol » permet digressions et débats infinis, il y a la crainte d’être accusé de « faire le jeu » de qui on sait par ceux-là mêmes qui n’ont cessé de le faire grossir.
La volonté de reconnaître sincèrement mais sans se mortifier les erreurs pour ne pas remettre les pieds dans les mêmes ornières aurait permis à la gauche d’avancer au lieu de s’embourber dans une dérive pathétique que chaque jour atteste. C’est pire encore du côté des plus embastillés, si fiers de leur « splendide » épopée qu’ils la dispensent sans retenue par la proximité universitaire, en famille où comme chez LFI par leur institut de formation.
Cette sortie progressive de l’ancrage au réel et à soi pour accommodations personnelles ou idéologiques me semble être indissociable de l’entreprise soviétique. Ayant précédé ce que les réseaux sociaux ont amplifié, ces deux composantes m’apparaissent comme des rouages complémentaires et dramatiques quant à la perte de repères dont on voit de plus en plus les ravages.
LA GRANDE CONNIVENCE
Dès le lendemain du 7 octobre, Alain Soral, antisémite notoire et avec lui toute l’ultra droite, utilisent ce retournement de l’accusation pour s’en prendre sans retenue à Israël. Alain Soral et Rivarol, journal de cette ultra-droite ont été les premiers à parler de génocide dont Israël serait coupable alors qu’un vrai génocide contre les juifs venait d’être perpétré le 7 octobre. Il fut ensuite repris en chœur par toute la gauche.
Ce même Alain Soral, quelque temps auparavant, avait dit à propos d’un livre de l’ultra-gauche édité par en Allemagne par une maison d’édition ultra-droite : « l’ultra gauche comprend que le conspirationnisme est la nouvelle intelligence politique ». Il y a même vu le signe que « le complotisme intelligent de la droite nationale » aurait « contaminé la partie la plus sérieuse, celle qui réfléchit sans œillères, de l’extrême gauche », estimant que « des programmes communs se profilent ».
Tout est dit et quand on voit désormais la porosité entre ultra-gauche, extrême gauche et même gauche modérée dont il n’est pas certain que lors des prochaines échéances, elle ne fasse pas à nouveau à nouveau allégeance à LFI et au NPA pour se sauver une nouvelle fois.
Lors des manifestations des Gilets jaunes, on a pu voir l’extrême gauche aux côtés de l’autre extrême (un possible grand soir, ça ne se refuse pas même si on doit le partager avec ceux que l’on prétend combattre) et comme par hasard le RIC de 2005 est réapparu pour le bonheur de ceux dont la stratégie était une invraisemblable misère.
Cet étrange ballet a continué avec la Covid et le complotisme. Mme Pinçon-Charlot, communiste et grande pourfendeuse des Riches est apparue dans le documentaire complotiste « Hold-Up » où elle a fait sienne la thèse qui affirmait que les élites financières mondiales avaient intentionnellement laissé se répandre le virus pour restructurer la population mondiale. On a aussi vu la bonne pensée de gauche se pavaner sous les insignes nazis et accepter les accusations d’assassins envers les représentants de la nation.
De la crédulité paresseuse à l’indécence coupable, il n’y a parfois qu’un frêle paravent. On peut penser que ce brouillage mental, pour lequel les mots ont perdu sens précis et valeurs, est une aubaine pour Poutine et consort et nul doute qu’ils doivent amplifier le travail accompli par leurs prédécesseurs.
TOUT CELA N’EST PAS NOUVEAU
En 1948, Maurice Bardèche, beau-frère de Robert Brasillach, parle de « génocide israélien ». Quatorze ans plus tard, l’ancien collaborateur belge (et idéologue néofasciste) Jean Thiriart assure, lui, que « ce qui a été reproché aux Allemands de 1933-1945, les Israéliens le répètent avec le cynisme présomptueux d’un peuple enivré de trois mille ans de messianisme. »
Autre figure importante, François Genoux, banquier suisse, éditeur testamentaire d’Hitler et de Goering, radicalement antisémite (4), participe à la création d’un Front National en Suisse et organise le mouvement des jeunes de ce FN. Il est parallèlement le soutien inconditionnel et le financier jusqu’à sa mort des mouvements de libération arabe d’obédience marxiste, dont le FPLP palestinien. Il finance également la défense de tous les terroristes jusqu’à Carlos. Il fera aussi office de passeur entre les mouvements arabes et ceux qui les soutenaient en Europe, de l’extrême droite à l’extrême gauche.
Depuis ce 7 octobre, extrême-droite antisémite et extrême gauche antisioniste (désormais, l’autre mot de l’antisémitisme) partagent sur les réseaux sociaux leur détestation d’Israël (Dieudonné et Soral n’ayant plus aussi mauvaise presse), comme les deux courants totalitaires venus d’Allemagne et d’Union Soviétique l’ont été par leurs manières expéditives envers les Juifs, shoah pour l’un et pogroms pour l’autre, par le ballet détestable du pacte germano-soviètique et par l’allégeance de personnalités de gauche à Pétain. C’est désormais ici et maintenant qu’antilibéralisme et antiaméricanisme font le lien entre des forces contraires, gauchisantes et ultranationalistes et de façon ubuesque avec les fondamentalistes islamiques.
L’exemple de Médine, rappeur français est édifiant. Après avoir fait une « quenelle » (salut nazi vers le bas pour éviter condamnation) avec Dieudonné, écrit des textes de chansons très explicites comme « Crucifions les laïcards comme à Golgotha… je scie l’arbre de leur laïcité avant de le mettre en terre, je me suffis d’Allah, pas besoin qu’on me laïcise »…), et avoir toujours considéré Tarik Ramadam (5) comme son mentor, il se retrouve « compagnon de route » des Verts et est invité à débattre à la fête de l’Humanité.
On voit donc comment cette manipulation visant à renverser les accusations est devenue une parade pour les plus extrêmes de tout bord et les décervelés 2.0 à qui les intellectuels proches de ces mouvances donnent mots, arguments et « prêt à penser » à celles et ceux qui en manquent.
L’hégémonie intellectuelle dont le wokisme est l’aboutissement souvent affligeant, est encore l’apanage de la génération 68. Cela a commencé un peu avant quand des intellectuels, épris de dialectique marxiste se sont fourvoyés dans des éloges dont on a honte pour eux de réécouter ou relire leurs propos légitimant le pire, l’encourageant même. Sarte avec la Russie soviétique, Simone de Beauvoir avec la Chine de Mao, Foucault avec Khomeny…
Ce n’est pas tant pas l’erreur d’appréciation qui est insupportable mais sa non-reconnaissance favorisant sa perpétuation ainsi que l’ostracisme des gardiens du temple malgré les dévoilements historiques. Après avoir mis au pilori leurs contradicteurs, comme Simon Leys dans les années 80, cette ostracisation n’a jamais vraiment cessé à l’université et notamment dans les sciences sociales, par définition plus subjectives. Les moyens sont simplement plus subtils. Samuel Fitoussi décrit très bien cette dérive et ce processus toujours à l’œuvre dans son dernier livre (6).
Le miliieu universitaire et médiatique concerné et les intellectuels en général posent aujourd’hui problème. Les précédents avaient les pieds sur terre parce qu’ils avaient vécu l’horreur de la guerre, s’étaient engagés dans la résistance, avant en Espagne ou du moins avaient été en contact avec les victimes des barbaries nazie puis communiste. Ils avaient parfois vécu dans leur chair les horreurs et dans leurs têtes les contradictions désespérantes. Leurs successeurs ne sont pour la plupart, jamais sorti de leurs chères études. Du lycée à l’université puis a l’enseignement ou dans la recherche. Ils se fréquentent, se cooptent et baignent dans un même univers. Ce qui, du fait de notre organisation très pyramidale, n’arrange pas les choses.
La technologie rend le savoir accessible et elle permet à tout un chacun d’approfondir l’Histoire et d’accepter la mise à jour de ce qui était occulté, à savoir la dimension fondamentaliste, absolutiste, totalitaire et millénariste des anéantisseurs pathologiques des juifs. Elle nous permet surtout de comprendre combien le narratif que nous avons ingurgité depuis des lustres sans broncher a été la plus grande imposture perpétrée depuis presque un siècle.
LA CONTINUATION MANIPULATOIRE
L’assertion « Ne pas faire le jeu de l’extrême droite » a été inventée par le PCF en 1926 pour bâillonner les voix dissidentes. Elle était destinée à tous les communistes qui doutaient de la ligne imposée par Staline puis elle a été largement employée pendant la guerre civile espagnole à l’encontre des communistes anarchistes qui la refusaient plus radicalement. Alors qu’ils combattaient ensemble, les staliniens partis combattre en Espagne n’ont pas hésité à les exterminer avec le soutien de ceux du PCF, suivant en cela les directives de Staline.
Cette assertion a depuis produit l’effet contraire puisque le fait d’inciter à mettre sous le tapis les problèmes que la réalité mouvante place sous notre nez n’a cessé de faire le jeu de qui on sait.
En plus de cette assertion, le retournement accusatoire, « génial » stratagème mis au point par la propagande soviétique pendant la Guerre froide pour attaquer les États-Unis par l’intermédiaire d’Israël est peu à peu devenu une norme de pensée dans toutes les obédiences de la gauche française. Un réflexe pavlovien permettant de se disculper de tout, de se revirginiser sur le dos des autres et de falsifier le réel à son avantage. Cette norme bien pensante, en plus de produire l’effet inverse à celui escompté, nous artificialise intérieurement « à petit feu », alors que l’Intelligence Artificielle ne va cesser d’amplifier cette dislocation.
La grande entreprise soviétique puis russe de falsification de l’Histoire et les petits arrangements idéologiques ou personnels qu’elle n’a cessé de permettre d’un siècle et d’un continent à l’autre sont tout aussi responsables de la tragique dérive des consciences en cours que celle provoquée par les avancées technologiques plus récentes. Cette cécité volontaire et obstinée fait que la gauche post 68 est tout autant mythologique que politique et c’est la raison de fond par laquelle, de dérives en dérives, elle s’effondre comme toutes les mythologies précédentes.
En plus de cette assertion, le retournement accusatoire, « génial » stratagème mis au point par la propagande soviétique pendant la Guerre froide pour attaquer les États-Unis par l’intermédiaire d’Israël est peu à peu devenu une norme de pensée parmi toutes les obédiences de la gauche française. Un réflexe pavlovien permettant de se disculper de tout, de se revirginiser sur le dos des autres et de falsifier le réel à son avantage. Cette norme bien pensante, en plus de produire l’effet inverse à celui escompté, nous artificialise intérieurement « à petit feu », alors que l’Intelligence Artificielle ne va cesser d’amplifier cette dislocation.
LE JEU EST FAIT
Le piège de Mélenchon et consorts se referme sur nous et risque d’être effectif au printemps 2027, lors du second tour de l’élection présidentielle. Si nos deux extrêmes y sont en lice, les calculs et manipulations sordides de LFI feront qu’un grand nombre dont je suis, refusera de s’y soumettre. C’est donc ainsi que le RN accédera au pouvoir pour la plus grande joie de ses soi-disant ennemis. Ce sera alors le début du grand feu d’artifice allumé par des « groucho-marxistes », plus proches du Joker de Batman que de leurs glorieux ancêtres.
Malheureusement pour les vociférateurs de l’extrême, le fascisme est désormais tout autant sinon plus de leur côté et de celui des intellectuels qui, dans les universités et à la pouponnière de LFI, prônent la nouvelle dictature non plus d’un prolétariat, qui n’a d’existence que littéraire car en grande partie passée dans le camp d’en face, mais imposée par la kommandantur de sectes tenues par de vieux prédicateurs et les mutins de Panurge qui les suivent iront à l’abattoir en chantant.
Comme en 40, avec les fidèles du Maréchal qui venaient pour la plupart de la gauche et les staliniens qui avaient pris une très mauvaise direction avant que leur petit père le leur ordonne de rebrousser chemin, c’est à gauche que le vent est de nouveau mauvais. Et pas seulement du côté de la plus acharnée mais aussi de celle que l’on disait de gouvernement, qui a osé collaborer par deux fois avec son extrême et qui sera obligé de recommencer lors de la prochaine échéance pour ne pas disparaître.
La gauche post 68, depuis 50 ans et après que Mitterrand l’ai fait délibérément par calcul électoral, n’a cessé d’engraisser la bête par sa déconnexion aux réalités nouvelles, aux butées ontologiques et à l’Histoire en marche ainsi que par les débordements incessants de morale accusatoire et les indignations sélectives qu’elle a projeté partout afin de masquer son inanité.
FAUX POMPIERS, VRAIS PYROMANES
C’est donc à gauche et chez nous que la conjonction de l’emprise déstabilisatrice venue de Russie et la perpétuation de la pensée accommodante de 68 ont fonctionné à merveille. Alors que l’Histoire en marche leur présentait au fur et à mesure les échecs, ils leur devenaient indispensables afin de pouvoir continuer à faire diversion.
Demandez à une personne qui tient des propos accusatoires envers le capitalisme ou le libéralisme, comment il envisage une société qui ne le serait pas. En cinquante ans, je l’ai souvent posé mais je n’ai jamais eu de réponse, même approximative. Tout au mieux, proposition d’une vague décroissance et quand j’insistais, j’avais droit au retournement typique de la question avec un ton indigné, du style : « parce que tu trouves normal qu’il y ait de plus en plus de milliardaires… ». Les seules réponses, honnêtes intellectuellement, sont venues des vrais marxistes. À ceux-là, j’ai répondu que je les respectais pour leur cohérence sincère mais qu’entre la peste et le choléra, je préférais rester avec la peste.
Quant au communisme nouveau, je n’y crois pas un seul instant car les vases communicants égalitaristes avec un système prônant la libre concurrence basée sur l’offre et la demande est une ineptie que les nouveaux dépôts de l’Histoire attestent.
Panacher deux systèmes aussi opposés que l’économie de marché et l’économie planifiée en pensant qu’il suffit de prendre le meilleur de chaque, on en voit l’exemple en Chine qui fonctionne toujours sous un régime planificateur géré dans ses moindres recoins par un parti unique d’obédience marxiste dont le pouvoir totalitaire serait en mesure d’imposer un égalitarisme strict. Hors, en acceptant d’ouvrir sa porte à l’économie de flux et de marché pour sortir de la misère, cet entre deux a fait exploser les disparités tout en privant le peuple des droits les plus élémentaires. Capillarité du pire plutôt que des bienfaits.
C’est plus ou moins la même chose chez nous où l’excès de lois et de barrages intempestifs pour toujours plus d’égalité finissent par gripper la »machine à cash » qui n’a pas que des défauts car elle permet la redistribution. Ce faisant, on l’appauvrit. C’est ce qu’il se passe depuis qu’en 68 a été inventé, faute de mieux et de capacité à dépasser les butées que le réel nous impose parfois, cet entre-deux rassurant mais foireux.
Gorbatchev qui en connaissait un rayon en matière de communime disait que nous étions le dernier pays communiste où il avait réussi à se maintenir. C’est désormais incontestable quand on voit l’état de la France et de la Gauche mais il y a encore nombre d’embastillés qui, avec une obstination de bousier, y croient encore. Ce raisonnement peut sembler simpliste mais c’est pourtant la pensée primitive, camouflée sous de tonnes de verbiage inopérant et de concepts fumeux, des « Je suis de gauche ».
Je partage avec eux de préférer la richesse intérieure au bling bling outrancier mais n’ayant aucune vraie proposition alternative à proposer au monde, j’évite les grands effets de manche rassurants. De plus, je n’étais pas sûr que si des déplacés climatiques venaient un jour nous demander des comptes, me voyant avec ma voiture, mes ordinateurs, appareils photos…, je ne serai pas pour eux trop riche pour être innocent. Ce qui a fini par relativiser grandement ma grandiloquence accusatoire d’antan.
Pour ce qui est de la décroissance, je me demande si ce n’est pas le fait d’être dans un relatif confort et d’avoir un état si protecteur, toutes choses qui viennent de très loin et souvent de ce qui est réprouvé, qui permet de l’envisager aussi sereinement. Le problème est aussi que la personne qui en parle, l’envisage par rapport à son mode de vie qu’il juge suffisamment exemplaire pour servir de référence et avec en arrière plan, la croyance que l’Homme est bon par nature et de toute éternité.
D’une façon générale, quand on commence à supprimer tout ce qui n’est pas nécessaire, ça finit toujours mal. Pour cette raison, les utopies programmatiques érigées en systèmes sont des dangers absolus. Refuser de voir la complexité du monde et ce que nous sommes pour préférer les approches simplistes, c’est ouvrir la porte au petit khmer rouge qui, en chacun de nous, sommeille.
Ce qui n’empêche pas d’essayer de faire ce que l’on à faire individuellement même si le faire sans la contribution de l’état et donc du luxe, de l’armement… est difficile. Et s’il faut attendre qu’une majorité de l’humanité suive pour que la bascule puisse s’opérer…
Il y a aussi la solution révolutionnaire consistant a renverser la table dans le bruit et la fureur. Malheureusement quant son sait comment la notion de peuple est aujourd’hui une illusion unitaire (quel rapport entre la condition de vie d’un ouvrier chez Airbus et celle d’un employé dans un abattoir), elle ferait une immense boucherie pour rien de plus et avec le dérèglement climatique qui approchent a grand pas, nous avons peut-être mieux à faire que nous entre-tuer.
Karl Marx à dit : « la reprise du passé, par décision de la conscience et non par des lois immanentes, ne peut être que comique. L’Histoire, de tragédie devient farce une fois qu’elle se répète. » Farce pour aujourd’hui et tragédie infinie pour demain.
Quant au rêve de petit califat par voie électorale où l’argent coulerait à flots, serait réparti en toute égalité, avec patrons et banquiers tenus en joue et dont la France serait seule à bénéficier, c’est une invraisemblable sottise. Il faut être profondément embastillé pour ne pas le voir.
L’exacerbation de cette approche vertueuse est à mettre au compte de deux conforts : celui qu’il nous est permis de vivre depuis la fin de la guerre dans nos contrées et celui plus intérieur que notre génération et ses petits accommodements a massivement insufflé en nous.
Tous ces questionnements m’ont amené à bien plus de modération dans le verbe, tout en ayant moins de respect pour les sermonneurs restés enkystés, cette incertitude n’empêchant en rien de s’engager.
Si on se pose la question de savoir pourquoi la France est le pays le plus endetté et déprimé d’Europe alors qu’il a toutes les potentialités pour en être un des meilleurs, nous avons désormais assez de recul historique pour répondre et il me semble n’y avoir qu’une explication rationnelle à cette dégradation nationale.
Cette raison vient malheureusement du camp auquel j’ai cru. La spécificité de cette gauche post 68 dans s’est progressivement éloignée de l’ancrage au réel et de l’adaptation profonde et sincère à l’Histoire en marche. Les causes en sont autant la manipulation extérieure que la servitude volontaire à celle-ci pour les bienfaits qu’elle permet d’accumuler au dehors comme au dedans. Et de continuer à stagner dans la vieille gloriole 1789 dans laquelle elle barbotte encore avec son cortège d’irrationalité, de violence et d’idéal purificateur.
Sur le plan économique, je ne vois pas d’autres raisons à cet affaiblissement que l’irrationalité des comportements. Il y a eu les lois de la gauche au pouvoir qui ont durablement impacté l’architecture économique de notre pays et les réformes profondes et nécessaires rendues impossibles par les barrages incessants dans la rue, en rendant le libéralisme coupable de tout, tout en ayant été obligé de passer sous ses fourches caudines, faute d’alternative autre que livresque ont amplifié l’affaiblissement du pays. Après l’échec du marxisme, on voit bien désormais que c’est une de ces butées ontologiques que le réel nous réserve parfois.
Le libéralisme n’est pas moral et ça peut être un avantage car si l’économie de marché ne peut pas produire un égalitarisme comme la gauche en rêve, elle permet la redistribution d’une part non négligeable de la manne acquise grâce à elle. La redistribution pour être efficace suppose pragmatisme et raison afin de ne pas gripper la « machine à cash » et produire un résultat inverse. Le libéralisme prête aussi à plus de modulations, de perméabilité et de liberté de vivre, même de manière opposée à ses principes.
Le marxisme est lui un bloc monolithique si moral qu’il est trop lourd pour s’adapter et lorsqu’un groupe d’individu planifie à l’extrême la gestion du dehors, il est très vite tenté de s’occuper de celle du dedans. Surtout si c’est pour le bien de tous. Il est aujourd’hui clair qu’il n’y a que l’autoritarisme coercitif qui comme en Chine qui permet d’associer libéralisme économique et gestion étatique car ces deux approches sont trop opposées pour pouvoir s’assembler « naturellement ».
Après 60 ans à espérer un entre-deux, on voit désormais que c’était une vue de l’esprit. Il est aujourd’hui incontestable que la gauche issue de cette illusoire, au pouvoir, à l’Assemblée nationale et dans la rue a, par sa déconnexion au réel, fait énormément de mal économiquement à notre pays. Tout en réclamant toujours plus de dépenses.
Elle a aussi fait d’une grande part de la population des « benêts » en économie réelle. Il est assez étonnant de constater qu’une grande part de la population n’a pas encore compris que nous vivions dans un régime libéral avec ses limites, que cette approche basée sur l’offre et la demande a commencé par notre sédentarisation (je suppose même qu’auparavant le meilleur tailleur de silex, face à la demande, a dû demander une double ration de sanglier en échange), le capitalisme n’étant que celle-ci avec en plus l’industrialisation et le libéralisme avec la mondialisation. Le seul régime alternatif a été le marxisme qui fut pire et qu’il n’y en aura pas d’autre avant que la crise climatique nous impose le sien.
Sur le plan idéologique, la spécificité de notre gauche est qu’elle a toujours vécu avec en sourdine la vieille gloriole 1789 et l’idée rousseauiste de l’homme bon par nature. Après 68, on est passé d’un idéalisme illusoire mais respectable en raison de l’espérance suscitée par la révolte première, à l’embourbement progressif dans un « idéologisme » du Bien, devenu morale de substitution et dissimulation des échecs à grands coups d’effets de manche indignés. La perdition dialectique à s’y enkyster malgré les évidences à fait sa lente et sûre dérive.
Sur le plan éthique, le constat est bien plus amer après les revirements de ces derniers temps. La gauche que l’on disait « de gouvernement » n’a pas hésité à faire allégeance à ses extrêmes (jusqu’au NPA) pour se sauver puis à les renier une fois l’orage passé. Elle pourra arguer qu’elle ne connaissait pas les capacités jusqu’au boutistes de ses adeptes mais c’était un secret de polichinelle pour qui voulait voir. Le plus affligeant est que la gauche ne cesse de sommer la Droite à ne pas « franchir le Rubicon » alors qu’elle-même n’a cessé ces derniers temps de franchir les lignes rouges dans tous les sens. On a également vu un ancien président côtoyer « fiché S » et zozos bordélisateurs insupportables sur les bancs de l’Assemblée et si aujourd’hui une partie cherche à corriger la faute, il n’est pas sûr que le risque de mordre la poussière à nouveau n’incite par contorsion à un nouveau rapprochement.
Oser faire allégeance à son extrême dont elle connaissait son ambition malsaine, oser la renier une fois sauvée (ce qui explique la haine légitime de LFI envers le PS) et peut-être s’en rapprocher à nouveau lorsque les premiers auront fait mordre la poussière au second lors des prochaines échéances électorales. Et se permettre de faire chantage sur chantage à un gouvernement au risque d’affaiblir considérablement notre pays commun a des allures de fin de règne jusqu’au boutiste.
Sur le plan des poussées extrêmes, c’est là aussi tout à fait incroyable que nous ayons deux extrêmes aux portes du pouvoir et qu’il nous sera peut-être bientôt imposé de les départager. Si la « peste noire » a été très longtemps la grande peur, on voit que la rouge est désormais tout aussi inquiétante.
À l’extrême gauche, wokisme, décolonialisme, Israël, fascisme partout…, cet arsenal paroxystique au nom de la pureté et de l’exemplarité a des allures d’atrophie mentale. Cette hystérie ressemble à une fuite en avant désespérée engagée par des irresponsables, si ravis d’être le Bien qu’ils sont incapables de voir le mal qui les gangrène et qu’ils nous font. Le plus grave est que cette prolongation déconnectée amplifiera la violence lorsque la crise écologique sera bien plus que graphiques et débats. Ces nouveaux habits ne rassurent que celles et ceux qui veulent l’être mais on peut être reconnaissant à la Droite de résister encore à ses sirènes.
Il est évident aujourd’hui que c’est la Gauche qui depuis les années 80, volontairement avec Mitterrand, puis par déconnexion aux nouvelles réalités ainsi que l’appauvrissement et la conflictualité engendrés par cette débauche d’idéalisme qui n’a cessé d’engraisser FN puis RN. Le plus cocasse est que la gauche dans son ensemble se prétende toujours son meilleur ennemi tout en appelant constamment à ne pas faire le jeu de cette extrême. C’est désormais une farce grotesque quand on sait, pour qui accepte de voir, ce que la droite extrême doit à toute la gauche et combien il est désormais tout aussi impératif de ne pas faire le jeu de l’extrême gauche.
L’ultime dérive, peut-être la plus grave, vient du rapprochement avec le fondamentalisme musulman. On sait que c’est un vivier pour LFI, que les Verts, en bons suiveurs ne rechignent pas à les fréquenter et que le PCF, depuis leur soutien à Khomeny (qui s’est empressé de faire pendre leurs homologues iraniens sitôt arrivé au pouvoir) voient en eux et depuis toujours des frères de combat contre l’impérialisme mais ce rapprochement s’est élargi et approfondi depuis la guerre de Gaza. Florence Bergeaud-Blackler, chercheuse au CNRS et spécialisée dans l’entrisme des Frères Musulmans en Europe en fait une démonstration argumentée et implacable devant la commission sénatoriale sur ce problème (8).
Si la gauche remue encore, c’est désormais pour le pire et il suffit d’en sortir pour qu’apparaissent très vite le tragique, le ridicule des gesticulations, de leurs sempiternelles dissensions et digressions et des dommages infligés au plus grand nombre et à notre pays commun. Bien qu’ils soient jusqu’à présent arrivés à faire omerta par des propositions mirifiques (qui font le plus souvent l’inverse) et le trop-plein d’indignation, leurs sorties de route deviennent si évidentes qu’il faut être volontairement embastillé pour ne pas les voir. Quant à leur capacité à produire du bien commun et du pragmatisme, c’est désormais tout l’inverse. Par sa manière de se prétendre toujours le contraire de ce qu’elle est, la gauche est devenue un credo laïque de substitution et ses adeptes accrochés à leur « Je suis de gauche » ressemblent parfois a des aveuglés millénaristes.
Ce credo est si ancré que celles et ceux qui n’en passent pas moins, même sans arrière-pensée idéologique, ont du mal à être aussi critiques qu’ils devraient l’être devant tant de compromissions malsaines car ils craignent que la « police des bonnes mœurs » ne les accuse de faire le jeu du RN ou d’être islamophobes. L’accusation de « fasciste », voire « nazi » envers les personnes qui pensent différemment est la preuve évidente de cette perdition furieuse et inquiète, autant par les périls du dehors que par le sentiment de sa propre inanité.
Du côté de nos « rebellocrates »de papier, c’est encore plus affligeant car en soixante ans, ils n’ont fait qu’échouer mais non s’en être attentant à notre vivre ensemble et à notre rationalité. Sur le plan national, c’est l’affaiblissement économique et moral dont ils sont les responsables premiers tout en ayant toujours fait par réaction, l’engraissement de l’autre extrême. Partout ailleurs, ce n’est pas mieux avec leurs soutiens pathétiques aux pires ennemis de la démocratie (qui ne manquent pas de les jeter après utilisation) et par détestation de cette dernière qui ne peut être que libérale. Leurs grands rassemblements se sont toujours finis dans la déconfiture avec leur échouage progressif sans oublier l’arrivée de l’été pour profiter d’un repos bien mérité.
Le pire est que rien ne rend plus hargneux, revanchard et jusqu’au boutiste que de s’enkyster collectivement dans la frustration et le déni. C’est malheureusement ce qui est à l’œuvre aujourd’hui et qui promet le pire pour la prochaine échéance.
Il y a d’après moi quelques raisons qui font que notre gauche dans son ensemble se soit si embourbée au point de mettre à mal notre pays commun :
– 1789 a été, par la déclaration des droits de l’Homme, le grand œuvre universaliste de la France. La gauche s’est, comme avec l’humanisme, approprié cette valeur suprême et grandiose pour en faire sa petite mythologie du Bien, sauce un peu fade mais agréable en toutes occasions.
– 68 a été chez nous bien plus festif et n’a pas engendré de vagues meurtrières. Le fait de ne pas avoir vécu d’épreuve et le prix du sang comme dans nombre de pays européens (Italie et Allemagne pour les terreurs extrémistes, Espagne, Portugal, Grèce… pour celles des dictatures) fait que nous n’avons qu’une perception cérébrale des drames qu’engendrent ces périodes tragiques. Cela explique l’imprudence à les envisager avec envie, voire de plus en plus stupidement quand on sait ce que le grand soir climatique nous réserve.
– Il y a également la dérive insensée, intellectuellement malhonnête, qu’on fait la pensée liquide de 68 et l’emprise manipulatoire marxiste instillée par la Russie.
– Sans oublier la dissonance cognitive qui amplifie cette fuite en avant par le fait que le cerveau préfère l’enfermement, la surenchère et la préservation des acquis par rapport à la lucidité et au discernement. Cette déconnexion neurologique qui était indispensable dans les temps de survie est d’autant plus grande que nous sommes dans un temps de sourde inquiétude qui ne cesse de grandir.
UN NON INESPÉRÉ
Nos « fauves de papier » ont tout de même eu une victoire, celle du NON au référendum sur la Constitution européenne. Le OUI était donné gagnant mais leur campagne antilibérale a été si efficace, notamment sur France-Inter avec Daniel Mermet ou officiait un certain François Ruffin mais aussi dans leurs « cafés repaires » disséminés sur tout le territoire, avec la proposition de RIC d’Étienne Chouard devenu le grand « sachem » du moment (RIC refilée bien plus tard aux Gilets Jaunes et dont j’avais écrit à cette époque qu’avec notre sens de l’équilibre et du débat constructif, ça ferait bien marrer dans toutes les chaumières du monde s’il était institué chez nous) ainsi qu’avec l’appui d’intellectuels comme Naomi Klein, Noam Chomsky… et comme la croyance à un renversement du libéralisme était encore féconde, le NON a fini par l’emporter et la constitution a dû être abandonnée au profit d’un simple traité. Eux ont toujours considéré que ça avait été un vol démocratique mais avec le recul, on peut se féliciter que leur néomarxisme littéral dont on mesure désormais l’inconséquence et les conséquences n’ai pas eu le dernier mot.
En même temps que le sentiment d’avoir été spolié de leur victoire leur est apparu celui de leur capacité à prendre en main le plus grand nombre grâce à leur expertise manipulatoire et dialectique. S’ils ont vu qu’ils étaient trop bien assis pour être de vrais « guérilleros », ils ont compris qu’ils étaient assez malins et qu’ils avaient les mots qu’il fallait pour manipuler sans fin en usant à tout va de l’entrisme, spécialité trotskiste et du renversement accusatoire. Ce Non de 2005 a marqué leur grand retour et un tournant dans leur stratégie.
Il est très étonnant que nos savants commentateurs qui se relaient dans les médias ne fassent pas plus l’analyse de ce basculement.
Si de notre côté, nous ne comprenons pas que ce sentiment de spoliation est la principale motivation de toute la gauche extrême jusqu’à aujourd’hui, on ne comprend rien à leur jusqu’au-boutisme, aux revirements, à leur propagande forcenée auprès des plus jeunes et de la population musulmane, à la stratégie qui consiste à passer du chaud au froid, de l’invective à la modération, de la rue à l’assemblée, de la vocifération à la pondération, des rapprochements nauséeux au programme commun avec des supplétifs conciliants, dont ils font mordre la poussière quand ils leur ont permis de monter quelques marches comme le font d’autres avec leurs proxys despotiques, tout cela dans le seul but de créer des fractures et de la conflictualité par tous les moyens, d’embrigader et de brouiller les pistes pour s’approprier des parts de cerveaux pour les remplir de leurs idéaux moribonds. Sans soucis de notre bien commun et de la vérité des faits.
DE LA GUERRE
L’Histoire en marche vient de déposer deux situations intensément tragiques pour celles et ceux qui les vivent dans leur chair mais aussi profondément révélatrices parmi celles et ceux qui les ont suivis en continu par écran interposé ou qui ont participé à ses échanges.
Pour celle de Gaza, je pense avoir dit dans » D’une rive à l’autre » ce que deux années de recherche m’ont permis de comprendre et comment après la sidération de la boucherie du 7 octobre une autre ici a été de même ampleur dès le lendemain de ce massacre. En me gardant de ne pas prendre parti de façon déraisonnable, j’étais hier plus proche du peuple palestinien et je me sens aujourd’hui plus proche de leurs ennemis, à la suite de ce retour du pire en inhumanité commis le 7 octobre mais aussi en raison de ce que ces mois de recherche m’ont appris du narratif imposé par le nazisme, le communisme et l’islamisme sur cette tragédie qui n’en finit pas.
Il ne s’agissait donc pas tant de chercher à dérouler le fil des responsabilités de chacun des belligérants mais de porter attention à ce que tout cela révèle de l’ampleur des dégâts en nous.
Ce n’est pas plus l’incroyable déraison et déchaînement, provoqués ici par la détestation d’Israël, venue des fictions gobées par une génération et retransmises avec enrobage plus présentable à leurs descendances, qui est ici prise en compte là mais c’est peut-être pire car après avoir déchiré le voile des apparences, cette période montre surtout notre état de délabrement intérieur ici qui va bien au-delà du paroxysme de haine provoqué par nos « radios Mille collines » dont on peut craindre plus de dégâts avec l’arrivée de l’IA.
Voici quelques propositions prélevées dans « D’une rive à l’autre » qui me semblent importantes
Pour se protéger de la folie dans laquelle nous semblons tomber, il faut arriver à dépasser parfois l’émotion pour essayer de comprendre en profondeur et accepter de se compromettre face au consensus dominant. Pour cela, il faut se déplacer au-delà des points de vue et analyses médiatiques de celles et ceux qui sont trop enkystés dans la même rhétorique depuis soixante ans. En espérant arriver à voir au-delà de ce qui est vu.
Double réalité, un cas probablement unique dans l’histoire des conflits : ce qui rend aussi fou, c’est que s’opposent deux angles de vues pour une même réalité. Ce biais cognitif est, me semble-t-il, un cas unique concernant les conflits récents. Le problème est que l’angle qui a les honneurs ici me semble le plus biaisé, involontairement pour des raisons d’idéologisme diffus, de plis de pensée générationnel et universitaire, de facilité émotionnelle ou volontairement par manipulation idéologique ou religieuse. Sans oublier que pour les médias, il est plus facile de se conformer à une analyse d’apparence rigoureuse, facile et partagée par tous, que de se risquer à un discernement plus profond.
Ces biais de réalité font que ce qui est vu, aussi tragique soit-il, ne peut être exactement ce qui est. Si l’on s’en tient à la seule chose vue et à l’émotion que cela suscite, on cautionne malheureusement celles et ceux qui s’en servent pour volontairement fausser et on donne la faveur aux objectifs du Hamas. À ce stade, on oublie généralement d’élargir le champ de vision pour voir que ça ne se limite pas aux seuls militants et au gauchisme et qu’il y a un autre ferment antisioniste bien plus étendu et ayant son origine autour de 68.
Sur ces deux guerres
Du Hamas ou de l’Iran avec ses milices affiliées, on peut dire sans manichéisme qu’ils ont, contrairement au narratif marxiste et pointilliste, en dehors du problème territorial pour le peuple palestinien, une volonté clairement exterminatrice avec pour fondement un messianisme religieux. C’est aujourd’hui incontestable.
Du côté de l’Iran de ses nervis, il n’y a pas de conflit territorial générateur de guerres qui justifierait de vouloir détruire tout un pays et exterminer son peuple (ou au mieux le soumettre à une forme d’esclavage). Il y a une horloge nommée « horloge de l’Apocalypse hébreu » à Téhéran qui prévoit cette destruction pour 2040. Côté palestinien, il y a bien un problème territorial mais on sait que pour le Hamas, cette question est secondaire et qu’il y a une égale volonté, d’ailleurs écrite, d’en finir avec Israël. C’est peut-être un peu moins radical côté administration palestinienne (quoiqu’encombrée de non-dits).
D’un côté comme de l’autre il y a depuis très longtemps une volonté obsessionnelle de se surarmer et d’attaquer constamment Israël. Sans son système de protection, les tirs quotidiens de roquettes et missiles depuis des années l’auraient en très grande partie détruite.
Ces belligérants ont de plus des comportements totalitaires envers leur population réciproque et envers toute dissidence qu’elle soit de nature politique ou comportementale.
Pour finir, les plus fanatisés (et ils sont nombreux), depuis l’apparition du wahhabisme, de l’islamisme et des « frères musulmans », bien qu’ennemis (quoique Khomeny était admirateur de ces derniers et de leur mentor Sayyid Qutb qu’il a fait éditer sitôt arrivé au pouvoir en Iran (7)), ont avec les Chiites d’Iran un même fondement religieux qui valorise et encourage le martyr et glorifie bien plus la mort et le paradis que la vie terrestre. Ils font donc peu de cas de leurs populations et ont une détestation de la démocratie et de ses valeurs libérales dont ils veulent empêcher l’avènement dans les pays arabes au profit du système politico-religieux prôné par l’Islam. Que certains d’entre eux souhaitent par là même répandre partout ailleurs. Tout cela me semble désormais incontestable.
On peut aussi raisonnablement constater sans a priori que l’on a d’un côté, un état et une armée régulière qui malgré ses responsabilités, a subi depuis sa création quatre guerres menées avec l’aide des puissances arabes environnantes. Elle aurait dû toutes les perdre et ne les a gagnées que de justesse. Sans ses victoires, le sort d’Israël et de sa population aurait été définitivement scellé depuis longtemps.
Du côté de ses ennemis, on retrouve donc toutes les composantes des totalitarismes absolutistes en général et du nazisme en particulier. S’il est dit que comparaison n’est pas raison, c’est en partie faux dans ce cas précis car ces doctrines ont un point focal en partage : un antisémitisme absolu et absolument radical quant à la manière de le traiter. Michel Prazan explique d’ailleurs comment Hitler a investi le Moyen-Orient (8) et n’a cessé d’exacerber l’antisémitisme qui y était déjà très fertile dans le but d’anéantir définitivement le cœur et la mémoire du judaïsme.
Dans ces conditions, il y a me semble-t-il quelques questions essentielles concernant ces deux guerres.
Pour la guerre à Gaza
– Israël avait-il le choix de ne pas entrer en guerre après le massacre du 7 octobre, les orages emmurés et les milliers de roquettes tirées contre son territoire (qui sans le dôme de fer auraient fait des dégâts considérables) ?
– Israël pouvait-il détruire le réseau de tunnels strictement réservé aux combattants et à leurs centres de commandement sans détruire les infrastructures qui les surmontent ?
– Y a-t-il une différence entre cette guerre et celle que nous avons menée à Raqqa et Mossoul, bien plus violemment envers la population par le pilonnage incessant des bâtiments sans prévenir leurs habitants et alors qu’il n’y avait pas de tunnels ?
– Si le Hamas peut être comparé au nazisme par le traitement infligé à ses dissidents, à ses « déviants », à sa propre population et par l’absolutisme messianique qui est au fondement de sa doctrine exterminatrice envers Israël, y avait-il une autre solution pour Israël que de tout faire pour l’anéantir comme nous l’avons fait avec Hitler et Daesh ?
Pour celle menée contre l’Iran
– En Iran, la population qui est derrière les mollahs a elle aussi, par l’histoire profondément ancrée des premiers siècles de l’Islam (9) ou plus récente (10), une volonté obsessionnelle de détruire Israël. L’autre population y a été un temps sensible par le discours anticolonialiste, anticapitaliste et altermondialiste, servant de « cheval de Troie » à la première. Désormais une large part de celle-ci a compris et ne veut plus entendre parler de cette haine et de ce vieux narratif, son espoir étant de voir la venue de la démocratie et de la liberté. Et depuis le plus grand massacre de population, perpétré par un état contre sa population en janvier 2026, elle n’a qu’un seul espoir : qu’Israël et les États-Unis puissent arriver à suffisamment anéantir le régime des mollahs pour permettre des jours meilleurs.
– La question était de savoir s’il était possible de laisser ce régime atteindre le seuil critique permettant d’avoir la bombe nucléaire ou des missiles, quand on sait ses intentions. Si on peut penser qu’il n’a pas la folie de l’utiliser, cela lui permettait de jouer d’égal à égal avec Israël, de l’attaquer sans fin par d’autres moyens en limitant les capacités de ripostes de ce dernier. On peut être affligé de la communication erratique de Trump, mais il est assez injuste de ne pas reconnaître qu’il a un certain courage pour agir contrairement à ce qu’il avait promis à ses électeurs et probablement en contradiction avec ce qu’il avait prévu, que tout cela risque de lui faire perdre les prochaines élections et que malgré ses mots, il n’a aucune assurance de gagner le combat contre l’Iran. Jusqu’à preuve de calculs cachés, ce dépassement et ce « penser contre soi » devrait être mis en avant.
– L’exemple de la Corée du Nord a clairement montré les limites du droit international et du saupoudrage de sanctions qui n’ont pu freiner Kim Jong-un dans sa course effrénée à la bombe. Et ce dernier est peut-être moins dangereux que les mollahs car il est avant tout dans une position défensive et n’a pour le moment pas défini comme priorité la destruction totale d’un pays voisin. C’est la différence entre le fondamentaliste matérialiste et celui religieux.
Il y a quelque chose d’obscène à voir comment ces deux guerres n’en finissent pas d’être commentées ici avec une méticulosité d’entomologiste prudent, alors que nous sommes à bonne distance de l’angoisse de savoir qu’aucune horreur ne nous sera épargnée si nous baissons la garde une seule fois. Et que peut-être demain, nous devrons reconnaître que ces guerres étaient inévitables pour notre avenir commun.
Pour les guerres en général
– Toute guerre est une folie et si nous convenons que ces deux dernières ont des similitudes profondes avec celles que nous avons menées contre Daesh ou le nazisme, nous devons donc les approcher de la même manière.
– Imaginons donc que, tout au long de la dernière guerre mondiale, il y ait eu quelque part dans un pays neutre, la Suisse par exemple, des personnes fort honorables, aux pedigrees incontestables, bien mises et bien assises dans leur carrière, à bonne distance du sujet et tout de raison raisonnante, venant tous les soirs commenter les opérations militaires du jour visualisées par écran interposé. Se questionnant sur le fait que cette guerre puisse être gagnée ou non, s’il n’y avait pas désormais trop de morts et de malnutrition pour la continuer, s’il était concevable qu’après le débarquement, nos alliés pilonnent nos villes et leurs habitants (situation totalement ubuesque pour les raisonneurs raisonnants), si tous ces enfants morts à Dresde et partout en Allemagne, c’était concevable, si nous n’étions pas un peu responsables de la montée du nazisme, s’il n’y avait pas des arguments à prendre dans la propagande de Goebbels…
– Dans ce type de guerre, ce qui impose de la faire ne permet pas de l’arrêter quand cela va trop loin et les discours pointillistes des bien assis ne sont d’aucun intérêt. Si on se contente de l’analyse surplombante et de l’indignation sélective en évitant les questions essentielles, et ce alors que l’on est censé informer, on ne fait que rajouter de la fausseté au mensonge. Si on se les pose, on voit bien que fasse à de tels ennemis, n’y a aucun autre choix quels que soient les risques d’échecs et les conséquences.
– D’autre part, si la vue d’enfants écrasés par les bombes sur le bitume de Dresde en 1945 devait être aussi insupportable émotionnellement que les enfants mourant dans l’horreur des camps nazis, ça ne pouvait pas être mis sur le même plan. C’est la même chose avec le 7 octobre qui par son sadisme monstrueux au-delà de toute raison (ce qui en fait un Mal absolu) et qui plus est filmé méthodiquement (les nazis eux avaient pris soin de dissimuler leurs horreurs) ne pouvait venir que d’un poison mental instillé profondément depuis des générations.
– Bien qu’il n’ait duré qu’un jour, ce n’a pas été un massacre de plus lié à la peur ou à la survie mais de même nature que ceux bien plus longs, voulus et planifiés au siècle dernier. Sans oublier les jeunes garçons et filles maintenues pendant deux ans dans des trous à rats, entravées, parfois violentées et abusées et les victimes de la guerre qui a suivi (qui aurait été moins nombreuses si le Hamas n’avait pas eu besoin que nombre soit le plus élevé possible pour sa communication par le sang).
Cela, bon nombre de nos commentateurs zélés et une grande part de la population du monde n’ont pas voulu le voir ainsi car cela touchait trop profondément notre humanité commune, ce chœur d’indignés allant jusqu’à oublier que s’ils peuvent l’être, c’est parce que d’autres ici ont fait de même que là-bas.
L’autre raison de cette perdition porte un nom dont les points de fixation, une fois reliés, dessinent le portrait. De l’antisémitisme, version catholicisme à particule dont on retrouve encore des effluves au Quai d’Orsay et chez nos intégristes à la croix à celui des mahométans « purs et durs », en pensant par le rouge recyclé en antisionisme et diffusé a grande échelle par le tam-tam évangélisateur de la propagande soviétique, passé des laudateurs staliniens aux rédempteurs altermondialistes, à compléter par celui des nouveaux complotistes recyclant les vieilles ficelles du juif les tirant toutes (dont Mme Pinçon-Charlot, communiste et spécialiste de l’ultra riche fait le lien), sans oublier leurs pendants wokistes faisant du neuf avec les vieux concepts fumeux et binaires (un comble) de leurs touts aussi vieux précepteurs, sommités toujours en majesté malgré leur amnésie pathologique.
Entre les traîtrises antiques du juif originel et le juif nouveau, puissant, colonisateur, libéral et donc toujours aussi assoiffé de dividendes, La boucle est ainsi bouclée et c’est infiniment désespérant.
La capacité générationnelle (leurs jeunes suiveurs étant trop en germe et trop prompts à la révolte pour ne pas être réceptifs à toutes les manipulations) à se maintenir dans ses ornières dont le rapprochement, passé et présent avec tous les despotes de la planète est révélateur et à se délester de la vérité et de la réalité pour s’y maintenir est aussi coupable que la manipulation exercée sur eux par tous les malintentionnés de la planète.
Si voyant cela, on se demande pourquoi, malgré ce dévoilement désormais impossible à occulter, il y a chez un si grand nombre, un acharnement à le refuser, je ne vois que deux raisons :
– Pour nos vieux soixanthuitardés, alors que leur passé militant n’a été qu’une suite d’échecs, Israël était le dernier exutoire permettant un répit à cet amer constat. Leur grand soir approchant, il leur était impossible de reconnaître qu’ils s’étaient là aussi en grande partie trompés, situation intenable car ce conflit était leur « mère des batailles » avec le Palestinien en majesté, opprimé étalon et de substitution au prolétariat occidental parti cherché ailleurs d’autres promesses enchanteresses. Même en allant sur le terrain, ils n’avaient pas vu ce qu’ils auraient dû voir et comprendre. Cette attitude porte un nom : la dissonance cognitive, où quand une réalité contredit trop douloureusement nos croyances, le cerveau cour-circuite et l’on préfère s’enfermer davantage en allant jusqu’au mensonge avec force de rationalité et arguments plutôt que d’accepter l’erreur.
– On peut aussi penser que si la réaction et le retournement de la charge ont été aussi paroxystiques, ce n’est pas en miroir d’égale intensité à la rage intérieure du fait de la dimension de l’acte commis par ceux qu’on avait tant mythifiés et qui sont venu souiller notre humanité commune par ce Mal absolu consistant à s’acharner sur les morts, éventrer des femmes, brûler des enfants…
– D’autre part, la rationalité historique est, dans ce cas précis, parasitée par la tradition et la nécessité de survivre. Depuis les origines de cette confrontation, ce fut un maelström, d’erreurs, de coups tordus, d’effondrements (empire ottoman, processus décolonial), dont l’Occident est en grande partie responsable et pour les juifs, il y a eu l’impératif absolu de trouver au plus vite une terre d’accueil définitive après les horreurs commises contre eux. Le tournant décolonisateur partout ailleurs a fait que leur statut restrictif et soumis dans les pays musulmans devenait de moins en moins supportable. Dans cette après-guerre où l’Histoire s’accélérait de partout et avec la Shoah et les pogroms, cette urgence pour le peuple juif à trouver une terre a prévalu sur tout.
L’implantation d’un état juif avait tout d’abord été envisagée dans des régions dépeuplées d’Afrique mais ça apparaissait au regard de l’Histoire en cours comme un acte colonisateur. Des membres du congrès juif s’étaient opposés à ce retour en Palestine car ils connaissaient cet interdit musulman et prédisaient une guerre sans fin mais comme la Palestine était le berceau du judaïsme avec une communauté juive déjà implantée et des zones inhabitées, il est apparu que c’était la seule solution et ces circonstances on fait que leur fuite de retour en « terre sainte » s’est faite dans la précipitation et plus massivement que prévu.
Côté palestinien, en plus de la peur compréhensible du risque de submersion, le refus de tout compromis territorial lié à l’absolutisme musulman concernant les terres conquises et l’antisémitisme irrévocable a fait le refus du compromis. Il est à noter que cet anathème s’est amplifié par la suite dans la population arabe du fait qu’Israël allait administrer des musulmans et pire encore, que les juifs n’étaient plus soumis mais vainqueurs des guerres engagées contre eux. Pour les plus fondamentalistes, c’était la preuve que Dieu les avait exaucés du fait de leur plus grande pureté.
Ce qui a eu lieu le 7 octobre est un paroxysme de bestialité, habitants brûlés, éventrés, massacrés, corps souillés…, qui par sa préméditation en a fait un mal absolu que rien ne peut justifier et qui profane notre humanité commune. Or, qu’avons-nous vu et entendu pendant deux ans et en dehors de l’invraisemblable folie anti Israël apparue dès le lendemain du massacre : un déluge de débats pointillistes, de confrontations contradictoires, de questionnements pour savoir s’il fallait ou pas la faire, s’il ne fallait pas s’arrêter au regard des destructions… ? Toutes choses qui, si elles avaient été prises en compte en 45 feraient que nous aurions des drapeaux nazis à tous les frontons des mairies d’Europe.
On peut dès lors se demander si nous avons encore toute notre raison ou si nous ne sommes pas porteurs d’une hypertrophie cérébrale par les raisonnements. Une sorte de totalitarisme vertueux, tout de raison raisonnante et de surémotion débarrassée de l’exigence de vérité et de compréhension profonde.
Si l’Histoire n’est jamais tout à fait la même, elle n’est jamais vraiment différente. Un jour peut être se demandera-t-on : « comment avons-nous pu nous perdre de vue à ce point ? ». Et comme depuis toujours, on se dira : « Mais pourquoi, n’a-t-on rien vu ? ».
Si on refuse cette dichotomie intérieure pour s’ennoblir par la seule émotion, on prend le risque de devenir des « âmes » repues mais perdues. Si bien que l’on peut se demander si malgré notre apparence de bien mis, la déraison que l’on pronostique à d’autres, ne serait pas plutôt du côté de cette raison raisonnante qui discutaille sans prendre en compte l’urgence des décisions, les impératifs vitaux face aux accélérations de l’histoire, les nécessités contradictoires entre à ce que l’on voudrait et ce qui doit être fait, les risques et les conséquences pour soi et les autres, les souffrances causées… Qui au bout du compte, ne serait pas moins insensé que ceux que l’on met sur le podium de la déraison et du cynisme.
UN DERNIER POINT
C’est une déchirure pour qui a été de ce bord depuis son éveil politique de constater que c’est du côté de la gauche dans son ensemble qu’au cours de ces derniers temps, les lignes rouges de l’éthique on était franchies dans tous les sens.
C’est aussi une chance d’avoir eu la possibilité de ce discernement avant qu’il ne soit trop tard pour moi, Cette décomposition n’est que l’aboutissement logique de ce long processus devenu si lourd de non-sens, d’affabulations égotiques et de mentir à soi et aux autres.
L’imprégnation marxiste de par la puissance pénétrante du Parti communiste français, accentuée par notre romantisme révolutionnaire a permis à la gauche dans son ensemble, contorsions, accommodements et sortie du réel. Cette cécité volontaire et obstinée fait que la gauche post 68 est tout aussi mythologique que politique et c’est la raison de fond par laquelle, de dérives en dérives, elle s’effondre comme toutes les mythologies précédentes.
Malheureusement, cette tragicomédie actuelle va être de moins en moins comique car les conséquences pour la prochaine échéance présidentielle (j’écris en 2026) risquent d’être terribles. Le plus grave est que cette prolongation déconnectée que la gauche n’a cessé de féconder amplifiera aussi la violence lorsque la crise écologique sera bien plus que graphiques et débats.
Il me semble donc impératif de s’écarter de cette dérive malsaine. La lucidité, le retour au réel, la sincérité profonde et l’humanisme (qui était notre bien commun mais que la gauche s’est honteusement approprié pour en faire une soupe insipide) sont bien plus nécessaires pour là où nous allons qui exigera plus d’adaptabilité que les rêveries déconnectées de cette auto combustion qui n’en finit pas, une espérance de plus qui a malheureusement mal tourné et s’achève dans un certain fracas.
La surenchère émotionnelle, la peur de nos contradictions profondes et la crainte de penser contre soi et les autres prennent le dessus sur tout et font le refus du contradictoire qui brutalise les échanges, en mots d’abord puis en actes demain. Le discernement et la raison sont, par facilité rassurante, abandonnés aux bonimenteurs et aux meutes.
Si comme je le pense, notre prétention quasi divine à être maître de la situation va en prendre un sacré coup avec la déroute climatique dont il est de plus en plus improbable d’en changer assez le cours, le besoin en boucs émissaires va exploser et c’est ainsi que parfois les monstruosités peuvent advenir.
Après radio Londres qui nous a sauvé et radio Paris qui a failli nous perdre, c’est désormais les radios « mille collines » bien de chez nous qui de partout exacerbent la confusion et font les machettes verbales actuelles. Il n’est pas besoin d’être grand visionnaire pour en déduire ce qu’il adviendra par temps bien plus incertains sur le plan politique, économique ou climatique. Il semblerait que nous cochions toutes ces cases.
Nous devrions savoir, parce qui est arrivé tout à côté et pas si loin dans l’Histoire, que le petit vernis policé ne protège en rien et qu’il suffit d’un bon orateur expert en coups tordus…
Si on accepte d’être à jour avec le présent, on voit comme une évidence que nos vieux idéaux sont incontestablement moribonds, que l’Histoire que nous avons toujours fait touche à sa fin, bientôt remplacée par celle qui nous fera à grands coups de déchaînements climatiques qui n’auront que faire de nos croyances, que malgré tout ce que cela implique d’angoisse, cela fait que l’on on peut se désencombrer et se confronter à la vérité sans risque de perdre, que nous pouvons voir bien plus clair sans ces œillères.
C’est donc envers nous-même et nos rêveries rédemptrices du passé ou du présent que nous devrions être plus prudents et ne pas trop tarder à abandonner celles qui n’ont rien pu empêcher tout en s’ancrant profondément dans cette nouvelle réalité, unique depuis notre levée et vers laquelle notre longue histoire nous a amenés afin de ne pas avoir plus à perdre que nous n’ayons déjà perdu. Ne serait-ce que pour ne pas nous perdre plus encore et sortir d’un l’aveuglement volontaire ainsi que d’une pensée mise en commun qui ne feront que rajouter du pire au pire.
Sans me complaire dans le catastrophisme, je pense que deux incendies sont en vue. Celui lié au dérèglement climatique qui sera planétaire et le second qui fera notre spécificité lors de la prochaine élection présidentielle. Ils sont déjà là et ils vont très vite être hors de contrôle. Pour le second, nous risquons fort de n’avoir le choix qu’entre deux très mauvais choix, sans trop savoir lequel est le plus détestable. Nous serons donc le premier pays d’Europe à avoir deux extrêmes sur le podium.
Cette exclusivité sifflera la fin de la farce et le début de la tragédie. Elle sera le point paroxystique de toutes ces sidérations que je décris dans « Pour en finir », folle et dérisoire épopée commencée il y a 60 ans. Comme d’habitude, tout le monde en cherchera ailleurs les raisons, là ou la pensée commune s’empresse toujours de pointer son unique doigt, le libéralisme et son flux technologique.
Après ce grand soir de la monstrueuse bêtise « au front de taureau », un autre, plus brûlant encore, signera peu à peu la fin de l’Histoire que nous avons toujours faite pour nous en imposer une qui ne nous laissera aucun répit. Comme le dit Yann Arthus-Bertrand : « le problème avec cette guerre, c’est que l’ennemi est en chacun de nous ». Et elle sera sans fin.
L’exacerbation entretenue par la part malsaine de ce beau pays (n’oublions jamais de quoi nous avons été capables) finira risque fort d’annihiler toute espérance.
J’espère vraiment que le cauchemar électoral de voir deux extrêmes aux portes du pouvoir n’adviendra pas, qu’une personne suffisamment consensuelle et entourée sifflera la fin des délires idéologique et des croyances mortifères, qu’elle arrivera à faire comprendre au plus grand nombre que l’un ou l’autre de ces extrêmes au pouvoir signifiera par réaction une forme de guerre civile dont personne ne peut dire la limite, qu’avec plus de rationalité, de pragmatisme et probablement de juste fermeté pour sortir de 60 ans de la déconnexion, de stupidités inopérantes et de simplifications aberrantes, qu’un « plan B » au système en place, cherché depuis la Chute du mur, est désormais totalement illusoire mais que l’on peut faire bien mieux en ne le grippant pas inutilement, que vouloir le renverser alors que nous sommes un pays malade (rendue ainsi par plus de régression infantile qu’ailleurs) et que l’urgence climatique va devenir une priorité, est une stupidité sans nom.
Trop occupés à peaufiner leurs plans de communication et leurs propositions mirifiques, je n’en vois pour le moment aucun, parmi la cohorte d’aspirants au trône, capable d’avoir les mots justes, la sincérité et le courage pour arriver à convaincre de l’impérieuse nécessité à devenir de vrais adultes.
Si cela était, les « précieuses ridicules » médiatiques avides d’ébats infinis, s’empresseront de le ramener à plus d’insignifiance et l’exacerbation entretenue par la part malsaine de ce beau pays (n’oublions jamais de quoi nous avons été capables) finira par annihiler cette espérance.
Je pense malheureusement et sans forfanterie, que l’Histoire et la vérité dans son principe et avec ses butées me donneront raison, tout en continuant de refuser la validation des certitudes et des propositions que des débatteurs, tout de raison raisonnante et de pointillisme surplombant, continuent depuis soixante ans de mettre sur la table par le verbe et l’écrit.
Ayant épuisé mon capital de mots pour décrire ce processus de décomposition, je ne vois rien d’autre à rajouter qui pourrait permettre de mieux comprendre et de participer au ralentissement de notre folle épopée commençée dès notre levée. Ne reste plus qu’à prendre congé, continuer au dedans en espérant être à la hauteur de ce qui vient et souhaiter bonne chance pour ce demain très incertain.
Ce sans espoir n’est pas désespérance car il ne fait qu’alléger sans rien empêcher, ni l’engagement, ni le partage, ni le travail sur soi pour sa propre cohérence et pour la simple beauté du geste.
(1) Même Arrafat a dit au lendemain des accords d’Oslo : « Les Palestiniens recevront tout territoire qu’Israël leur remettra, puis l’utiliseront comme tremplin pour procéder à d’autres gains territoriaux jusqu’à ce qu’ils obtiennent la libération totale de la Palestine » puis dans une mosquée à Johannesburg : « le djihad continuera […] Je vois cet accord comme n’étant pas plus que l’accord signé entre notre Prophète Muhammad et les Qurayshites à La Mecque » faisant ainsi référence à un accord conclu, puis révoqué par Mahomet. Dans l’Islam, la reproduction tel quel des actes de Mahomet est aussi sacrée que les cinq piliers. (source Wikipedia > accords d’Oslo).
(2) Pierre-André Taguieff – Le nouvel opium des progressistes – Tract Gallimard – Petit livre indispensable pour comprendre.
(3) Désignée ainsi par Philippe Muray. Voir : www.babelio.com/auteur/Philippe-Muray/4474 et pour la société du spectacle définie ainsi par Guy Debord, voir : https://www.babelio.com/auteur/Guy-Debord/2259
(4) Une pièce de théâtre « L’Injuste » avec Francis Veber, terrible huit-clos entre ce personnage et une journaliste israélienne a été retransmise fin novembre 2025 sur le nouveau canal T18.
(5) Au sujet des Frères Musulmans, mouvement fondé par le grand-père de Tarik Ramadam, je vous conseille l’impressionnant documentaire réalisé par Michaël Prazan visible à l’adresse ci-dessous : https://www.youtube.com/watch?v=8g0GDZmuqAo&t=42s
(6) Pourquoi les intellectuels se trompent – Samuel Fitoussi – Étitions de l’Obersvatoire.
Entretien vidéo : https://www.youtube.com/watch?v=NAxdIJtewDQ
(7) Vidéo de Michel Prazan sur l’histoire plus récente de cet antisémitisme : https://www.youtube.com/watch?v=gaPG2YIwsv8
(8) Sur les liens entre Frères musulmans et Khomeini :
https://global-watch-analysis.com/de-sayyid-qutb-a-khomeini-comment-les-freres-musulmans-ont-inspire-lislam-politique-chiite-des-mollahs-iraniens/
(9) Sur les fondements anciens de l’antisémitisme iranien :
https://www.youtube.com/watch?v=ssPZMnJGqkI&t=1051s
(10) Audition de Florence Bergeaud-Blackler : https://www.youtube.com/watch?v=058NbNZiG7o
et version plus courte : https://www.youtube.com/watch?v=sdv0LUrSL7I