Dans la nuit
Henri Michaux
Dans la nuit
Dans la nuit
Je me suis uni à la nuit
À la nuit sans limites
À la nuit.
Mienne, belle, mienne.
Nuit
Nuit de naissance
Qui m’emplit de mon cri
De mes épis.
Toi qui m’envahis
Qui fais houle houle
Qui fais houle tout autour
Et fume, es fort dense
Et mugis
Es la nuit.
Nuit qui gît, nuit implacable.
Et sa fanfare, et sa plage,
Sa plage en haut, sa plage partout,
Sa plage boit, son poids est roi, et tout ploie sous lui
Sous lui, sous plus ténu qu’un fil,
Sous la nuit.
Henri Michaux « Dans la nuit » in Un certain plume recueilli dans L’espace du dedans, © Éditions Gallimard, 1998.
Faute de soleil, sache mûrir dans la glace
Henri Michaux
Une chose indispensable : avoir de la place. Sans la place, pas de bienveillance. Pas de tolérance, pas de… et pas de…
Quand la place manque, un seul sentiment, bien reconnu, et l’exaspération, qui en est l’insuffisance issue.
Avec plus d’espace, tu peux avoir plus de sentiments, plus variés. Pourquoi dans ce cas t’en priver ?
Étant multiple, compliqué, complexe, et d’ailleurs fuyant – si tu te montres simple, tu seras un tricheur, un menteur
Tu l’es. Fais au moins quelquefois un effort de sincérité au lieu de te dissimuler dans le courant de l’époque ou dans un de ces groupes où par amitié, naïveté ou espérance on s’unifie.
Henri Michaux – Poteaux d’angles- Poésie/Gallimard © Éditions Gallimard, 1981.